Théâtre, cinéma, télévision, doublage… Depuis plus de six décennies, Patrick Préjean traverse les époques et les générations. À 82 ans, le comédien continue d’arpenter les planches et les plateaux avec une énergie intacte. Nous l’avons rencontré au TGS Montpellier, événement dédié à la culture populaire, un univers qu’il a découvert tardivement, mais qui l’a profondément marqué.
« Je suis tombé dans un univers fascinant », confie-t-il. « Au départ, j’étais un peu sur la pointe des pieds… tous ces gens déguisés… Et puis j’ai découvert une tendresse, une reconnaissance incroyable. Des personnes viennent me dire : “Merci de nous avoir fait rêver dans notre enfance.” Quand on vous dit ça, votre vie est réussie. »

Avec 64 ans de carrière, Patrick Préjean constate avec amusement être « à cheval sur trois ou quatre générations ». Les grands-parents l’associent aux classiques du cinéma français, les parents à la télévision, et les plus jeunes à ses rôles de doublage, notamment Tigrou dans l’univers Disney. Sa petite-fille, qui l’appelle affectueusement “Papick” (contraction de papi et Patrick), lui propose déjà de “jouer au spectacle” avec elle.
Issu d’un milieu artistique, père acteur, mère comédienne, il dit être « tombé dans la marmite » très tôt. Une vocation presque naturelle. Aujourd’hui encore, il résume sa trajectoire avec une formule qui lui ressemble « Ne le prenez pas pour de la prétention… mais je suis un décathlonien du spectacle ! »
Cinéma, théâtre, séries, voix… il revendique cette polyvalence comme une richesse. Mais s’il devait choisir, son cœur penche sans hésitation vers le théâtre : « C’est le partage immédiat. À 20h30, le rideau se lève, vous avez une heure et demie pour donner. Le public prend ou ne prend pas. C’est une histoire d’amour. »
L’héritage des géants : Louis de Funès et Bourvil
Impossible d’évoquer Patrick Préjean sans parler des monuments qu’il a côtoyés, notamment Louis de Funès et Bourvil. De Louis de Funès, il garde l’image d’un perfectionniste absolu, mais rejette tous ceux qui pourraient le décrire comme désagréable : « C’était un homme presque timide, très poli, très bien élevé. » Quant à Bourvil, il est pour lui « toute [son] enfance » et « un des plus grands acteurs européens ».
Face à ces figures mythiques, la tentation de recréer la même ambiance existe aujourd’hui dans le cinéma français. Les rumeurs autour d’un éventuel retour de Fantômas en témoignent. Patrick Préjean met en garde : « On peut essayer, mais ce serait très dangereux. À la moindre erreur, on ne nous louperait pas. Il faut aussi favoriser les idées des jeunes générations. »

Pour lui, les légendes ne se décrètent pas : « Ce n’est pas nous qui faisons les légendes, c’est le public. »
« Aujourd’hui, il faut travailler vite, très vite. On a moins le temps de faire les cons. »
S’il observe toujours des talents « de grande qualité », il note néanmoins une évolution du métier. Il évoque ainsi une époque plus prudente, peut-être plus soucieuse de neutralité : « Il ne faut pas avoir honte du rire. Peut-être de la vulgarité… mais jamais du rire. »
Dans un contexte parfois pesant, il revendique une mission simple mais essentielle : « Avec tout ce qui se passe en ce moment, ça fait du bien de rigoler. Le spectacle est capital. On peut être des passeurs de bonheur. »
“Scènes de ménages” et la télévision populaire
Depuis plusieurs saisons, Patrick Préjean incarne Jacky, ami de Raymond (Gérard Hernandez) dans Scènes de ménages. Après le décès de Marion Game en 2023, la production a dû repenser l’équilibre du duo historique. L’acteur salue la délicatesse du choix opéré : « Ils ne l’ont pas remplacée. Ils ont trouvé une nouvelle formule. Il n’y a rien eu d’indécent. »

Plutôt que de substituer un personnage à un autre, la série a opté pour une nouvelle dynamique autour de l’amitié. Amis à la ville comme à l’écran, il ne tarit pas d’éloges à l’égard de Gérard Hernandez : « C’est beaucoup plus facile de jouer avec des gens qui ont du talent. ». Patrick Préjean ne cherche d’ailleurs pas à occuper davantage de place dans la série, le rythme actuel lui convient parfaitement.
Et la fin ? Pas question !
Après plus de six décennies de carrière, Patrick Préjean n’envisage pas la retraite. Mais derrière la légèreté du rire, il rappelle aussi l’exigence du métier : « Il ne faut pas croire qu’on est des petits branleurs… derrière, c’est un travail colossal ». À 82 ans, le « décathlonien du spectacle » continue ainsi de courir toutes les disciplines, avec, intacte, cette conviction simple : transmettre du plaisir reste le plus beau des métiers.
Actuellement en tournée avec la comédie Les Bichons, Patrick Préjean continue de privilégier la scène, son amour de toujours.
