Salut les Gaakamas, aujourd’hui on vous présente un article assez différant de d’habitude. Nous avons eu la chance de rencontrer la maître de yoga et méditation, Yogmata Keiko Aikawa. Elle nous a fait l’honneur de nous accorder un peu de son temps pour se confier sur son parcours mais également les différences culturels entre la France et le Japon.
Chère Yogmata Keiko Aikawa, Pouvez-vous vous présenter et en dire davantage sur vos enseignements ?
Je m’appelle Yogmata Keiko Aikawa. J’enseigne la méditation profonde et le chemin vers l’éveil spirituel. Je me suis rendue dans l’Himalaya afin de pratiquer une forme ultime de méditation, appelée samadhi, un état de conscience profonde et d’unité intérieure. À travers cette pratique, j’ai atteint ce que l’on appelle le samadhi ultime.
Selon cet enseignement, nous sommes constitués d’un corps, d’un esprit et d’une âme. Nous observons le monde extérieur — les plantes, les animaux, le soleil, la lune, l’univers — et beaucoup cherchent à comprendre le sens de l’existence à travers ce qui les entoure. Pourtant, les traditions de l’Himalaya enseignent depuis plus de 5 000 ans qu’il faut aussi tourner son regard vers l’intérieur pour découvrir la vérité : comprendre de quoi nous sommes faits, quelle est notre origine, quelle est cette source créatrice qui nous anime.
En observant profondément le corps et l’esprit, nous pouvons aller au-delà de leurs limites, au-delà même de la peur de la mort. Le corps humain n’est pas seulement une matière physique : il est aussi constitué de vibrations et de fréquences.
Dans cette tradition, l’être humain est formé des cinq éléments : la terre, l’eau, le feu, l’air et l’espace. À cela s’ajoutent la lumière et le son, qui participent également à notre équilibre.
La méditation aide à dissoudre ce qui nous encombre intérieurement. Dans les enseignements himalayens existent de nombreuses pratiques et techniques, parfois considérées comme secrètes, qui permettent de purifier progressivement le corps et l’esprit. Mais, selon cette tradition, un élément essentiel demeure : la transmission ou la bénédiction du maître, qui aide à se reconnecter à la source originelle.
Lorsque ce processus de purification s’opère, tout devient plus clair, plus pur — presque comme une transformation alchimique.

Le karma signifie simplement : une action et la conséquence qui en découle. Tout ce que nous vivons laisse une empreinte en nous. Nos habitudes, nos émotions, nos souffrances peuvent s’accumuler : l’habitude de la colère, des pleurs, de l’irritation, de la fatigue, ou encore de certaines pensées répétitives.
C’est pourquoi il est important de renouveler et rafraîchir le corps et l’esprit chaque jour.
Dans la tradition himalayenne, cette recherche intérieure est aussi une quête pour préserver notre énergie vitale, rester intérieurement jeune, passer de l’obscurité à la lumière, de l’ignorance à la conscience, et symboliquement de la mortalité à une forme d’éternité spirituelle.
Le chemin vers l’éveil consiste ainsi à devenir une version plus accomplie de soi-même.
Nous cherchons tous à développer nos talents — qu’il s’agisse d’artistes, de chanteurs, d’écrivains, de peintres, d’ingénieurs ou d’autres professions. Mais lorsque nous sollicitons constamment notre esprit et notre corps, le stress s’accumule et nous épuise. Nous avons alors besoin de nous régénérer.
Comme nous nettoyons notre corps, nous devons aussi nettoyer notre esprit : nous purifier, relâcher les tensions, retrouver une forme de clarté intérieure.
Selon la philosophie yogique, différentes qualités énergétiques coexistent en chacun de nous : Tamas (l’inertie, la lourdeur), Rajas (l’agitation, l’action) et Sattva (l’harmonie, la paix intérieure). Ces énergies se combinent et, lorsqu’un excès de stress s’installe, nous pouvons ressentir davantage de lourdeur, de confusion ou d’obscurité intérieure.
La méditation, pratiquée régulièrement, permet de se sentir plus léger, plus ouvert et plus serein. Elle développe l’intuition, l’amour et la compassion — non pas un amour centré sur l’ego, mais un amour universel, inconditionnel.
Peu à peu, un sentiment de paix émerge. Une paix profonde, qui ouvre l’esprit, nourrit des pensées plus lumineuses et nous aide à recharger notre énergie intérieure, au lieu de la dépenser constamment.
Vous êtes actuellement en France, qu’est-ce qui distingue les français des japonais selon vous concernant la méditation ?
Je trouve les Français très adorables, très kawaii (mignons).
Le mois dernier, beaucoup de jeunes personnes et d’influenceurs sont venus me rencontrer. Au Japon, mes élèves sont généralement bien plus âgés. Cela m’a donné beaucoup d’espoir pour la jeune génération. Je trouve très encourageant de voir des jeunes s’intéresser à la méditation et chercher à apprendre. Apprendre à méditer est vraiment quelque chose de merveilleux.
Je pense qu’il existe aussi un lien particulier entre la France et le Japon, notamment à travers les mangas. Les Japonais aiment les mangas, et les Français aussi y sont très sensibles. Beaucoup apprécient les histoires, notamment les récits d’amour, et les animes rencontrent également un grand succès.
J’ai aussi le sentiment que les Français ont peut-être une relation plus naturelle ou plus ouverte à l’amour que les Japonais. C’est probablement quelque chose de culturel.
Justement, vous parlez des mangas. Quel lien peut-on faire avec la méditation et les mangas ?
Les mangas ou les fictions peuvent être une manière très simple de comprendre certaines idées spirituelles, parce qu’ils éveillent la curiosité et rendent les choses plus accessibles.
Mais ce que j’enseigne, c’est surtout une pratique concrète, appliquée au quotidien. Plus on pratique chaque jour, plus il devient possible de s’approcher de l’état intérieur des sages himalayens. Le samadhi ultime n’est pas seulement une idée ou un concept : c’est quelque chose qui se vit, jour après jour.
Il ne s’agit pas uniquement de lire des livres ou de réfléchir à des concepts spirituels. Ce n’est pas seulement une idée dans la tête. La vraie question est : comment se transformer au quotidien ?
C’est cela que j’enseigne de manière pratique. Selon cette vision, chacun porte un potentiel immense : devenir plus proche de sa véritable nature, révéler ses talents, développer sa sagesse et tendre vers une version plus élevée de soi-même — presque comme un saint ou un être éveillé. Nous avons tous cette possibilité en nous.
Le manga, lui, reste une représentation, une image, une inspiration. Ce qui compte, c’est la transformation quotidienne, concrète. Il ne s’agit pas seulement de rêver. Le rêve a sa beauté — et les mangas sont de beaux rêves, d’une certaine manière — mais nous avons besoin d’un véritable travail intérieur, vécu au jour le jour.
Un manga peut représenter des personnes extraordinaires, parler des chakras, ki ou de spiritualité, mais l’essentiel reste l’expérience vécue : se purifier, se transformer intérieurement, évoluer dans sa personnalité et sa conscience chaque jour.
Dans ma pratique, lorsque j’enseigne directement ou accompagne quelqu’un, les personnes ressentent parfois quelque chose de tangible, une énergie, une présence. C’est une expérience vivante, différente d’une simple représentation imaginaire. Un manga reflète avant tout l’imagination de son auteur, qui n’a pas nécessairement vécu lui-même ce chemin spirituel.
Pour ma part, je n’ai pas eu l’occasion de lire de mangas. À mon époque, ils n’étaient pas encore aussi répandus et facile d’accès. J’ai aujourd’hui 81 ans, et le monde du manga est devenu bien plus accessible. Si certaines personnes peuvent découvrir l’histoire de Bouddha ou s’ouvrir à la spiritualité grâce aux mangas, cela me rend très heureuse.
Le manga est une belle porte d’entrée : il permet de comprendre plus facilement certaines idées, et peut représenter un premier pas sur le chemin.

Un grand merci à Yogmata Keiko Aikawa pour ce moment d’échange et le partage de son expérience. Une rencontre inspirante, qui invite à porter un regard plus attentif sur soi, son équilibre intérieur et la place du bien-être qui commence souvent par de petits changements, vécus jour après jour.
