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Calendrier de l’Avent 2021 – Jour 23 : Liz et l’Oiseau bleu

Calendrier de l’Avent 2021 – Jour 23 : Liz et l’Oiseau bleu

par Emma 23 décembre 2021

Aujourd’hui, la case du calendrier de l’avent s’ouvre sur le chef-d’oeuvre de la réalisatrice Naoko Yamada : Liz et l’Oiseau bleu. Je ne vais pas vous mentir, « chef-d’œuvre » n’est pas le mot qui m’est venu en tête à mon premier visionnage. Aux premiers abords, le film peut paraître ennuyeux, tant le rythme est lent et monotone. Et pourtant… Après lui avoir accordé une seconde chance, j’ai compris que j’étais passée à côté la première fois, et quelle claque. C’est un film qui s’apprécie au second visionnage car il est bien trop travaillé, bien trop subtil, bien trop intelligent pour se laisser apprivoiser la première fois. Aujourd’hui, à mon tour de vous convaincre de lui laisser sa première (ou sa deuxième) chance !

Synopsis

Nozomi est une jeune femme extravertie et très populaire auprès de ses camarades de classe, doublée d’une talentueuse flûtiste. Mizore, plus discrète et timide, joue du hautbois. Mizore se sent très proche et dépendante de Nozomi, qu’elle affectionne et admire. Elle craint que la fin de leur dernière année de lycée soit aussi la fin de leur histoire, entre rivalité musicale et admiration. Les 2 amies se préparent à jouer en duo pour la compétition musicale du lycée Kita Uji. Quand leur orchestre commence à travailler sur les musiques de Liz und ein Blauer Vogel (Liz et l’Oiseau Bleu), Nozomi et Mizore croient voir dans cette œuvre bucolique le reflet de leur histoire d’adolescentes. La réalité rejoindra-t-elle le conte ?

Bande-annonce

Une œuvre signée Naoko Yamada

Liz et l’Oiseau bleu est sorti le 21 avril 2018 au Japon. En France, il a été présenté hors compétition au Festival International du film d’animation d’Annecy, avant sa sortie en salles la même année.

Après K-On et Silent Voice, la réalisatrice de la saison 1 de l’adaptation de Sound ! Euphorium de l’auteure Ayano Takeda a décidé de proposer un spin-off de l’œuvre en suivant le quotidien de deux personnages secondaires : Mizore et Nozomi. Bien que Naoko Yamada ait réalisé le film, c’est Reiko Yoshida (Violet Evergarden, Silent Voice) qui était en charge du scénario. Ainsi, Liz et l’Oiseau bleu prend place dans l’univers de la série. Toutefois, pas de panique ! Il n’est pas nécessaire d’avoir vu la série ou lu les livres pour comprendre le film.

Scénario : 16/20

« Disjoint »

L’histoire commence lentement. La jeune Mizore attend son amie Nozomi devant l’entrée de leur lycée. Elles rejoignent leur salle de musique pour leur première répétition. Cette année, l’orchestre joue Liz et l’Oiseau bleu. Le spectateur suit du regard ces deux jeunes filles qui déambulent dans les couloirs de leur lycée vide, sans un bruit, hormis le son de leurs pas. Dès le début, tout est clair. Mizore marche dans les pas de Nozomi et surtout dans son ombre. Cet attachement et cette admiration vont être au cœur de l’intrigue. En effet, la relation s’ouvre sur un déséquilibre (« disjoint » dans le film) entre ces deux adolescentes qui arrivent au moment fatidique de la fin du lycée. Tandis que le lycée symbolise une véritable cage à oiseaux, il est temps d’envisager d’ouvrir la cage.

Mizore et Nozomi sont à ce moment charnière de leur vie où elles s’interrogent sur leurs relations, leurs souhaits et leur avenir. Ce sont tous ces questionnements qui font l’intérêt de l’intrigue. La plume d’oiseau et la lecture du conte marquent le point de départ des tourments de Mizore. Comment Liz a-t-elle pu libérer l’Oiseau bleu qu’elle aimait tant ? Le conte rejoint rapidement la réalité et tous deux s’entremêlent. Finalement, peut-on laisser s’envoler un être qui nous est cher ?

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Entre fiction et réalité

L’histoire est originale car elle entremêle le conte et le réel jusqu’à ce que les deux intrigues se rejoignent. Sans en dévoiler plus que nécessaire, c’est à travers le conte musical que les deux jeunes filles se confrontent aux peurs de l’adolescence et de la solitude. La répétition avec l’orchestre mais aussi du duo entre Nozomi et Mizore est le moment pour elles d’exprimer leurs sentiments.

Les personnages sont loin d’être clichés. Au contraire, toutes ces jeunes filles dressent à la perfection le portrait de la jeune lycéenne. L’univers est d’autant plus intéressant qu’il propose deux mondes en parallèle, d’un côté un conte bucolique aux allures d’aquarelle, de l’autre, la vie quotidienne d’une lycéenne au moment du passage à l’âge adulte.

Observer pour mieux ressentir

Dans ce film, tout n’est qu’observation. Le scénario progresse lentement à la manière du temps qui passe quand on est lycéen. L’histoire est d’une grande intelligence car elle ne se développe pas à travers les dialogues mais plutôt grâce aux sons, aux gestes et à toutes les petites choses qui peuvent trahir une émotion ou une pensée. Les sentiments transparaissent au travers des regards et des mouvements du corps. L’ensemble crée une atmosphère bluffante de réalisme.

Regarder Liz et l’Oiseau bleu, c’est jeter un coup d’œil furtif aux secrets d’une jeune fille plongée dans les tourments de l’adolescence. Dès que le spectateur fait le choix de suivre ces adolescentes à l’intérieur du lycée, il s’immisce discrètement dans leur vie privé. Le réalisme des émotions est à couper le souffle. L’évolution des relations est dépeinte avec une grande subtilité. En bref, malgré une progression lente et monotone, on ne regrette pas de s’aventurer au cœur du quotidien de ces lycéennes.

Bande originale : 18/20

Liz et l’Oiseau bleu, un conte musical

Au-delà de l’intrigue, c’est la musique qui rend ce film si remarquable. La bande son marque la deuxième collaboration entre le compositeur Kensuke Ushio et Naoko Yamada (après Silent Voice). Akito Matsuda a, quant à lui, composé plusieurs morceaux dont ceux du conte. La musique a été composée avant même les premiers story-boards. Ainsi, elle ne sert pas à accompagner les images. Au contraire, l’animation est au service de la musique qui donne vie à l’histoire. Le thème musical transcrit notamment à la perfection l’éloignement progressif des deux personnages.

Au fil du récit, l’évolution de la relation entre Nozomi et Mizore passe par leur façon de jouer. Incapables de communiquer avec des mots, c’est à travers la musique qu’elles tentent, tant bien que mal, de transmettre leurs émotions. Ainsi, ce qui ne peut être dit est transmis par la musique. D’un simple son, la réalisatrice nous fait comprendre une action ou une émotion. En plus de l’image, se concentrer sur les sons donne une plus grande profondeur au film.

Liz et l'Oiseau bleu nozomi et mizore instruments

Jouer avec les sons

Le génie du film n’est pas tant dans la musique que dans le jeu des sons. Il utilise des sons réels préenregistrés qui viennent se mêler à la musique. Ainsi, les chaises, les tables, la respiration ou encore les bruits de pas deviennent de véritables percussions. Chaque note, qu’elle provienne d’un instrument ou d’un objet, a son importance et traduit un sentiment. Le lycée entier est un orchestre géant qui crée une ambiance sonore surprenante.

Tout est dans le détail et la subtilité. Il vous faut être attentif au moindre son. Le chant des cigales, à peine audible, vient par exemple signifier que l’intrigue se passe durant l’été.

Visuel : 17/20

Plongez dans un conte pour enfants

Le visuel est un élément fondamental du studio Kyoto Animation, réputé pour son animation de grande qualité. Une fois encore, il ne nous déçoit pas. Les traits fins rendent le dessin délicat et naturel. Plusieurs décors et objets ont d’ailleurs été dessinés à la main comme les instruments de musique.

L’univers visuel est divisé en deux. D’un côté, le lycée est proche d’une animation japonaise traditionnelle et de ce qu’a l’habitude de nous proposer le studio. L’animation est subtile et les tons la rendent presque fragile et fugace à la manière de la relation entre Mizore et Nozomi. Naoko Yamada a voulu donner l’impression que les scènes sont vues à travers le fond d’une bouteille en verre ce qui leur donne cet aspect flou, vert et bleuté. Du côté du conte, le studio propose un parti pris intéressant. Le spectateur a l’impression d’ouvrir un livre illustré pour enfants. Il est plongé dans de véritables peintures et c’est principalement cela qui démarque ce film en termes d’animation.

Liz et l'Oiseau bleu image du conte

Voir le moindre battement de cils

Naoko Yamada a bien compris que certaines émotions ne peuvent s’exprimer par des mots. Au-delà de la musique, l’animation tente également de transmettre ces flots d’émotions qui ne peuvent pas être exprimées simplement. Le regard, les gestes, la main dans les cheveux permettent de faire passer une pensée ou un sentiment. Rien n’est laissé au hasard. Tout en paraissant simple, épurée, fragile, l’image nous transmet une palette d’émotions à travers le moindre pincement de lèvres. Ce travail sur les personnages les rend particulièrement expressifs et réalistes.

Le regard du spectateur est comme une caméra posée fixement dans les couloirs du lycée. Les nombreux plans rapprochés le mettent en position d’observateur. Il est avide du moindre haussement de sourcil, de la moindre respiration, du moindre geste. La réalisatrice le dit elle même. Elle souhaitait créer « un film au cours duquel le public aurait peur de manquer le moindre battement de cils de ces jeunes filles » (Naoko Yamada). « On est en train d’espionner des jeunes filles. Le public doit se dire : « si on respire trop fort, c’est fini. » » (Naoko Yamada).

En résumé, je ne peux que vous conseiller de voir ce film ou, comme c’était mon cas, de le revoir s’il ne vous a pas convaincu la première fois !

Note globale : 17/20

Liz et l’Oiseau bleu est disponible en location ou à la vente sur YouTube. Une édition DVD est également vendue par EUROZOOM.

Sources : Liz et l’Oiseau bleu Livret et édition collector EUROZOOM

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