Après une première saison parfois perçue comme un projet bricolé en urgence, entre réécriture créative et héritage compliqué à assumer, Daredevil: Born Again revenait cette année avec une mission simple sur le papier mais terriblement difficile à accomplir : redonner au justicier de Hell’s Kitchen toute sa grandeur. Bonne nouvelle, cette seconde saison y parvient presque totalement.
Sans chercher à reproduire mécaniquement la formule des trois saisons made in Netflix, cette nouvelle salve d’épisodes trouve enfin sa propre identité tout en renouant avec ce qui faisait la force de la série. Du bon Daredevil c’est : une tension dramatique constante, des dilemmes moraux crédibles, un affrontement psychologique puissant et surtout des chorégraphies de combats sacrément impressionantes. Pour les fans du MCU comme pour les vétérans de la série originale, peut-on dire que le cahier des charges est bien respecté cette fois-ci ?
Born Again enfin assumé : retour sur la genèse du projet
Impossible de parler de cette saison sans revenir sur le parcours particulièrement mouvementé du show. Après les trois saisons cultes de la série Netflix, portées par un ton plus mature et un traitement street-level du super-héros Marvel, beaucoup craignaient qu’un retour sous bannière Disney dilue l’ADN du héros. Déjà que sa première apparition sous les couleurs Disney dans She-Hulk pouvait faire un peu peur (surtout She-Hulk).

La première saison de Born Again avait d’ailleurs laissé un goût mitigé à une partie du public. Produit remanié en plein développement, changements créatifs, épisodes retravaillés… Le sentiment dominant était celui d’un projet cherchant encore son équilibre entre héritage Netflix et intégration au MCU. Lors du visionnage, on pouvait ressentir une sorte de cadavre exquis où la seconde équipe créative a dû composer avec ce qu’elle avait.
Cette saison 2 montre une réelle différence avec la première et là, les équipes savent précisément où elles veulent aller. Le récit gagne en fluidité, la direction artistique paraît plus assurée et, surtout, la série cesse de courir après son identité. Elle embrasse pleinement ce que Daredevil fait de mieux : raconter des affrontements humains, politiques et émotionnels derrière les costumes.
Des enjeux plus personnels, plus sombres… et politiques
L’une des plus grandes qualités de cette seconde saison est qu’elle ne cherche pas uniquement à raconter une guerre entre gentils et méchants. Daredevil: Born Again interroge constamment une question simple, mais fascinante. Qu’est-ce qu’un justicier, et surtout, un justicier est-il forcément un héros ?
La série brouille volontairement les frontières morales. Là où le MCU a parfois tendance à proposer des figures héroïques assez clairement définies, Daredevil préfère évoluer dans une zone grise où justice, vengeance, contrôle et idéologie s’entremêlent.
Matt Murdock apparaît moins comme un super-héros classique que comme un homme en lutte permanente avec sa propre vision du bien. Le costume devient alors un symbole ambigu : protège-t-il les innocents ou nourrit-il une violence intérieure impossible à canaliser ? À plusieurs reprises, la série semble poser une question audacieuse sans jamais donner de réponse définitive : lorsque quelqu’un décide de rendre justice en dehors des institutions, agit-il comme un héros… ou devient-il simplement une autre forme de menace ? C’est justement sur ce point précis que Wilson Fisk lutte avec sa milice AVTF (Anti-Vigilante Task Force). Milice qui pourrait faire un sombre écho avec l’actuel ICE de Donald Trump.

Cette réflexion traverse toute la saison et donne un relief inattendu à certains antagonistes. Car ce qui rend les conflits passionnants ici, ce n’est pas seulement la force physique ou les affrontements spectaculaires, mais la manière dont chacun pense sincèrement agir selon sa propre vérité.
L’autre réussite est d’ancrer ces dilemmes dans un récit profondément humain. Les enjeux ne concernent pas seulement Hell’s Kitchen ou une menace abstraite. Ici, ils touchent les personnages dans leur identité même, leur rapport à la morale et à l’image qu’ils projettent.
Personnages, doubles visages et héritage du comics Born Again
Si cette saison fonctionne aussi bien, c’est parce qu’elle construit un fascinant jeu de miroirs entre ses personnages. Charlie Cox (Daredevil) et Vincent D’Onofrio (Wilson Fisk) restent évidemment le cœur battant du récit, mais la série gagne énormément en richesse grâce aux trajectoires secondaires qui viennent questionner leurs convictions.
Le cas de Bullseye est particulièrement intéressant. Sans entrer dans le détail, son évolution agit presque comme un miroir déformé des autres personnages. Lui qui a été un antagoniste terrible de la saison 3 Netflix et également lors de la première saison Born Again, trouve un nouveau chemin. Comme dit plus haut, la vengence et la justice peuvent étrangement s’entremêler, Benjamin « Bullseye » Poindexter en est le parfait archétype. La série refuse les trajectoires simplistes et rappelle que les individus évoluent rarement de manière linéaire. Les blessures, les obsessions et les instincts continuent de définir ceux qui les portent.

À l’inverse, Heather Glenn devient progressivement l’un des éléments les plus intrigeants de cette saison. Là où certains personnages tentent de sortir de leur violence, elle semble progressivement attirée vers une part plus trouble d’elle-même. Son évolution apporte une lecture particulièrement intéressante du pouvoir, de l’influence et de la corruption morale. Non pas forcément spectaculaire, mais intime à la limite de l’obsession perverse.
C’est aussi ici qu’émerge l’une des grandes thématiques de la saison : le masque.
Dans beaucoup de récits super-héroïques, le costume cache une identité. Daredevil: Born Again semble presque défendre l’idée inverse. Et si le masque révélait au contraire le véritable visage ? Matt Murdock, Wilson Fisk ou d’autres personnages donnent parfois l’impression d’être plus honnêtes lorsqu’ils embrassent pleinement leur rôle symbolique que lorsqu’ils tentent de jouer une version socialement acceptable d’eux-mêmes.
Le costume, la posture publique, le discours politique ou moral deviennent alors autant de façades derrière lesquelles chacun tente de cacher sa vraie nature. Ou, paradoxe fascinant, de l’assumer pleinement. À ce titre, l’héritage du comics Daredevil: Born Again dépasse largement les simples références visuelles ou narratives. La série retrouve se qui en fait son ADN dans sa manière d’interroger la chute, la reconstruction, l’identité et la frontière parfois terriblement mince entre justice et obsession.

Le Diable s’habille en justicier
Avec cette seconde saison, Daredevil: Born Again signe enfin la qualité que les fans espéraient après l’ère Netflix. Plus maîtrisée, plus intense et émotionnellement plus juste que la précédente, elle redonne au Diable de Hell’s Kitchen ses lettres de noblesse sans trahir l’héritage Netflix.
Portée par des acteurs exceptionnels et un récit enfin pleinement assumé, la série prouve qu’il existe encore une place pour des récits Marvel plus sombres, plus humains et davantage ancrés dans leurs personnages. La mise en scène livre aussi plusieurs moments franchement épiques, capables de rappeler la tension physique et émotionnelle des meilleures heures Netflix. Certaines confrontations, sans entrer dans le détail, dégagent une vraie puissance dramatique.
Tout n’est cependant pas parfait. Certains spectateurs pourront regretter un univers encore trop isolé du reste du MCU, alors même que le personnage évolue dans un environnement naturellement propice aux croisements. À vouloir préserver un ton très autonome, la série laisse parfois planer une sensation étrange. Celle d’un héros vivant à côté du monde Marvel plutôt qu’en son sein.
L’absence du Punisher se fait sentir (lui qui était présent dans la première saison), tandis qu’un certain Spider-Man semble toujours évoluer dans un univers parallèle tant son absence paraît étrange à certains moments. Surtout avec les événements propulsés par Wilson Fisk. Espérons que le héros à corne signe une apparation dans le prochain volet de l’homme-araignée. La saison 3 devrait reformer le groupe des Defenders, espérons que le show suivent la qualité qu’il a réussi à instaurer cette saison.
