Le 10 avril, le duo hip-hop japonais Creepy Nuts a joué pour la première fois au Coachella Valley Music and Arts Festival 2026, l’un des plus grands festivals de musique des États-Unis, en clôturant la scène Gobi avec une performance fiévreuse qui a littéralement captivé la foule. De retour pour le deuxième week-end du festival le 17 avril, ils ont profité de l’intervalle pour lancer leur toute première tournée nord-américaine en tête d’affiche, avec des dates à New York, Chicago et Mexico. En partenariat avec Gaak, Genius Japan revient sur leur concert du 13 avril au Hammerstein Ballroom, à New York.

Malgré une vague de chaleur inhabituelle pour la saison, une file de fans impatients s’étendait déjà devant le Hammerstein Ballroom bien avant l’ouverture des portes. Loin de se limiter à un noyau de puristes du rap japonais, le public était majoritairement composé de jeunes fans passionnés par les anime, la musique et la culture japonaise au sens large. Les cosplay n’étant pas rares lors des concerts d’artistes japonais, des costumes inspirés de Dandadan étaient également visibles parmi le public, en référence à l’anime dont “Otonoke” de Creepy Nuts est le générique d’ouverture. Beaucoup posaient volontiers pour des photos, renforçant l’atmosphère vibrante et profondément communautaire de la soirée.

Sous les acclamations, Creepy Nuts est monté sur scène et a ouvert son tout premier concert nord-américain en tête d’affiche avec le morceau “BIRIKEN”. Dès les premières secondes, le flow mitraillette du rappeur R-Shitei a fusé, en parfaite synchronisation avec des lumières rouges éclatantes, tandis qu’un écran géant projetait des flammes dorées et des étincelles géométriques, amplifiant l’intensité visuelle. L’énergie explosive ressentie à Coachella semblait s’être transportée intacte jusqu’à New York.
Sans temps mort, ils ont enchaîné avec “Yofukashi No Uta”. Dès le deuxième morceau, le public chantait déjà le refrain à pleine voix, arrachant un sourire discret à R-Shitei. Comme attendu, les scratches sur la platine de DJ Matsunaga ont déclenché une salve d’applaudissements. Le titre a inspiré le titre du manga Call of the Night, de l’auteur Kotoyama, avant de devenir le générique de fin de son adaptation en série d’animation. Il s’est enchaîné naturellement avec “Daten”, le générique d’ouverture de la série, où les cris lancés depuis la scène, renvoyés par la salle, ont encore fait grimper la température. Pour le titre “Gohoteki Tobikata No Susume”, toute la salle se trémoussait à l’unisson, les mains levées bougeant en rythme.
Après quatre morceaux survoltés, R-Shitei a salué le public en anglais, s’aidant de cartes posées au sol :
« Nous sommes Creepy Nuts ! »


S’il a reconnu que son anglais n’était pas parfait, le public new-yorkais n’en a visiblement tenu aucune rigueur. Sa diction claire et son sens du rythme naturel trahissaient l’oreille affûtée d’un rappeur aguerri. Lors de leur tournée en Asie en 2025, ses interventions en chinois et en coréen avaient déjà marqué les esprits.

Replongeant sans effort dans le concert, ils ont ensuite interprété “japanese”. Plutôt que de rejeter les stéréotypes associés à l’identité japonaise à l’étranger, le morceau les reconnaît avec ironie : « c’est réciproque », avant d’affirmer leur authenticité à travers la puissance combinée « du micro et du stylo » (NDLR : référence aux paroles du titre). Une déclaration à la fois posée et ferme, l’expression inébranlable de leur authenticité face à un public international.

Avec des tubes comme “LEGION”, “Chxxai” et “doppelgänger”, ils ont resserré encore davantage leur emprise sur la salle, avant de laisser le champ libre à DJ Matsunaga pour un solo renversant. Au-delà de sa virtuosité de rang mondial aux platines et de la précision de ses scratches, c’est sa présence scénique captivante qui a électrisé la foule.

La seconde moitié du concert a démarré en trombe avec “Bling-Bang-Bang-Born”, générique de l’anime Mashle: Magic and Muscles, morceau qui a fait découvrir le duo autour du monde. L’énergie de la foule a instantanément grimpé d’un cran. Le morceau “dawn”, connu au Japon pour une collaboration avec une boisson énergisante, a ensuite insufflé une dynamique légère et lumineuse, comme un lever de soleil, avant que des titres aux grooves marqués comme “Emmanuelle”, “Mirage” et “Nemure” ne prennent le relais. “Mirage” et “Nemure” sont respectivement les génériques d’ouverture et de fin de la saison 2 de Call of the Night.
« Vous êtes tellement chaleureux, on se croirait à la maison, même si c’est notre première fois ici. »
R-Shitei, s’adressant au public en japonais.

Un fan a traduit : « Il se sent chez lui ! », déclenchant des réactions enthousiastes. Même sans comprendre le japonais, beaucoup disaient ressentir le message. Dans une ville où la dynamique entre scène et public peut parfois sembler distante, voir une telle communion était particulièrement marquant.

La dernière ligne droite a enchaîné “Katsute Tensai Datta Oretachi E” et “Nidone”, dont les performances débordaient d’une intensité brute impossible à capturer en studio. Le chant du public sur “Otonoke” a fait vibrer la salle entière, atteignant un pic d’énergie. Puis “Losstime” a installé une atmosphère plus posée : l’écran est passé de motifs colorés à un immense ciel étoilé. Baignés dans une lumière bleu profond, les 3 500 fans et le duo semblaient ne faire plus qu’un, suspendus sous ce ciel artificiel. La gestion du rythme des différents morceaux, alternant explosions et respirations atmosphériques, relevait d’une maîtrise totale.
Avant le dernier titre, R-Shitei s’est adressé au public en anglais :
« C’est notre tout premier show à New York. C’est dingue. Mais on peut encore monter d’un cran. En anglais, vous dites “room for growth” (NDLR : « marge de progression »), non ? En japonais, ça se dit “Nobishiro”. » Le duo a lancé le dit morceau.


Ce sentiment résumait parfaitement le morceau de clôture, un tube mélodieux de longue date interprété sur THE FIRST TAKE en 2022 et largement consulté sur la page de traduction anglaise du site spécialisé Genius. Écrit alors que le duo entrait dans la trentaine, il résonnait comme un hymne idéal pour conclure leur première tournée nord-américaine en tête d’affiche.
Répondant aux chants de « Creepy Nuts ! », R-Shitei et DJ Matsunaga sont revenus sur scène sous les acclamations de la salle, en frénésie totale. Admettant qu’aucun rappel n’était prévu, ils ont demandé au public ce qu’il souhaitait entendre. Parmi trois propositions, la foule a choisi “Otonoke”. Cet échange improvisé a souligné la sincérité du lien à double sens entre artistes et spectateurs.

Portés par l’élan de la scène mythique de Coachella, Creepy Nuts a laissé une empreinte indélébile à New York. Leur performance a dépassé la simple idée d’une percée internationale : elle s’est imposée comme un moment où cultures et énergies se sont rencontrées en temps réel. Traversant langues et frontières sans jamais trahir son identité, le duo laisse entrevoir une expansion encore plus vaste.
Comme ils l’ont eux-mêmes affirmé, cette soirée n’était pas une destination, mais une étape supplémentaire dans leur constante “marge de progression”.

La setlist du concert (New York) :
- BIRIKEN
- Yofukashi No Uta
- Daten
- Gohoteki Tobikata No Susume
- japanese
- LEGION
- Chxxai
- doppelgänger
- Bling-Bang-Bang-Born
- dawn
- Emmanuelle
- Mirage
- Nemure
- Katsute Tensai Datta Oretachi E
- Nidone
- Otonoke
- Losstime
- Nobishiro
Encore :
Otonoke
Photos fournies par Creepy Nuts (hiroyabrian, umihayato) et Genius Japan. Toute copie, modification, reproduction ou diffusion non autorisée est strictement interdite.
Remerciements particuliers à felipezucosplays, brandnewboricua et Fay starsfalltonight.
