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Interview Tuan Hollaback: Le dessinateur Suisse le plus connu du Japon et des USA

Interview Tuan Hollaback: Le dessinateur Suisse le plus connu du Japon et des USA

par Ludwig NightKing 16 janvier 2020

Yooo les Gaakettes et les Gaak ! Aujourd’hui on fait découvrir un artiste ultra talentueux ! Le fameux Tuan HollaBack ! Notamment connu pour ses travaux avec des rappeurs Américains et ses dessins hentaï qui font le tour de la toile. Vous ne le connaissez pas ? Parfait, vous êtes au bon endroit pour faire sa rencontre.

Peux-tu te présenter en quelques lignes?

Enchanté! Tuan HollaBack, illustrateur originaire de Genève (Suisse). Je dessine professionnellement dans le style manga depuis 2008. Je travaille notamment dans le monde de la musique, et plus particulièrement du rap américain, en dessinant des couvertures d’albums et des visuels promotionnels. Je vis actuellement à Tokyo.

Comment t’es venu le déclic pour le dessin, et depuis quand dessines-tu?

Je dessine depuis gamin, en suivant l’exemple de mon père qui était très versé dans la BD franco-belge, et de mon grand frère avec qui je regardais des animes. Tous deux dessinaient extrêmement bien, mais je suis le seul à avoir continué. Le manga a influencé mon dessin, alors que la BD franco-belge a forgé mon sens de l’humour.

Commande Sailor Moon by Tuan HollaBack

Tu es un passionné de manga et de rap US. Quel est ton manga et ton rappeur préféré?

Question intéressante, car ces deux passions ont vraiment évolué en parallèle. À l’heure d’aujourd’hui je dirais Homunculus de Hideo Yamamoto et Nas, bien que ses derniers albums sont assez moyens. Mon anime favori est Neon Genesis Evangelion, pour toujours et à jamais. Je ne suis pas du tout shônen, je pense avoir décroché du genre quand j’avais genre 12 ans. Je ne connais donc pas du tout les Fairy Tail, Bleach, etc.

Homunculus d’Hideo Yamamoto

Le dernier manga que tu as lu et dernier album écouté ?

Je suis en train de relire l’intégralité de One Piece, sous les conseils de Winni d’ailleurs. J’avais décroché après le volume 41 à l’époque… C’est dire mon retard! J’avais commencé à lire One Piece en 1998, du coup ma patience en avait pris un coup. Je suis donc très loin de toute la hype qui entour One Piece depuis quelques temps. Dernier album écouté: l’EP Beautiful World/Kiss & Cry de Utada Hikaru. C’est sans nul doute ma chanteuse japonaise préférée. Je vous conseille de regarder son concert sur Netflix, Laugh in the Dark.

Utada Hikaru

Si tu étais un personnage de la Japan culture, qui serais-tu ?

Sans aucun doute Onizuka de GTO. Ma vie personnelle et professionnelle a énormément en commun avec lui, vraiment… Du coup j’ai vraiment beaucoup d’affection pour ce magnifique loser.

Eikichi Onizuka de GTO

Actuellement tu vis au Japon, la Suisse n’était plus assez grande pour toi?

D’une certaine façon, oui. Je ne trouvais surtout pas ma place en Suisse. J’ai énormément voyagé ces dernières années, et eu des expériences de vie assez uniques au Japon, aux USA… Quand je revenais en Suisse, j’avais le sentiment d’être Frodon de retour dans la Comté à la fin du Seigneur des Anneaux. Je ne me suis jamais remis de ce décalage. J’aimerai toujours la Suisse, mais hormis rendre visite à ma famille et mes meilleurs potes, je ne me vois pas y revivre pour le moment.

Pour quelqu’un qui est attiré par l’art, le divertissement sous toutes ses formes, et qui veut repousser les limites de sa créativité, la Suisse n’est pas un bon endroit où évoluer. J’ai toujours trouvé la scène artistique suisse moribonde et peu intéressante. Je collabore/travaille surtout avec des gens aux USA, au Japon et en France depuis le début de ma carrière de toutes façons. Je n’ai rien contre la Suisse, mais il y a trop de frustration, de suffisances et de beaux parleurs à Genève, ma ville d’origine. J’ai préféré m’éloigner de tout ça et me focaliser sur ce que j’avais à faire. Pour être honnête, j’avais le sentiment que Genève me tirait en arrière.

Artwork by Tuan HollaBack

Tu es à présent dessinateur professionnel, te souviens-tu de ton premier client ? Quelle était sa demande ?

C’était Killa Sha, un rappeur légendaire du quartier de Queensbridge à New York, en 2008. J’étais un peu stressé car j’avais arrêté de dessiner pendant six années. C’est ce dessin qui m’a remis le pied à l’étrier et m’a permis de commencer à travailler dans le rap. Killa Sha n’avait pas de requête particulière, il voulait juste une version dessinée de lui. Ça a marqué le début d’une aventure de vie assez dingue, faite de beaucoup de voyages et de rencontres incroyables.

Killa Sha

Peux-tu nous dire avec qui as-tu adoré travailler et avec qui tu serais prêt à recommencer une collaboration ?

J’ai particulièrement adoré travailler avec ChromatikS, un ami beatmaker qui vit maintenant au Chili. Il avait sorti un album intitulé “À la Conquête de l’West” et j’avais dessiné une BD dans le livret. On s’est vraiment bien marrés à la faire. En plus, c’est un projet qui s’est essentiellement vendu au Japon et qui m’a ouvert la porte aux collaborations avec des artistes de la côte ouest des USA et du Japon. Sinon j’aime beaucoup travailler avec Big Twins, un ami rappeur originaire de Queensbridge à New York. De chouettes choses arrivent bientôt avec lui, d’ailleurs.

ChromatikS

Avec qui ou pour qui rêverais-tu de travailler? 

Nas, c’est quelqu’un dont la musique m’a bercé depuis mon enfance. Nous avons beaucoup d’amis en commun, donc je sais que c’est quelque chose qui pourrait arriver. Mais s’il y a une figure dans le rap avec qui j’aimerais vraiment collaborer, c’est Cam’ron et son groupe The Diplomats. Autrement, dessiner pour le groupe de rap Mobb Deep a été un rêve que j’ai pu exaucer. Ah, Bone Thugs-N-Harmony, ça me dirait bien aussi!

Nas

Parle-nous de ta technique, comment travailles-tu ? Quels logiciels utilises-tu ?

Je dessine encore de façon traditionnelle au commencement d’un dessin. Je fais le sketch au crayon sur papier, et je le scanne par la suite pour le retravailler sur Photoshop (couleurs, ombres, lumières…). Je m’applique dernièrement à faire un lineart très propre car mon scanner est de très mauvaise qualité. Je passe donc beaucoup de temps sous Photoshop à nettoyer mon sketch. Sinon j’ai la même tablette graphique depuis 2007: une Bamboo de Wacom. Je n’ai jamais ressenti le besoin de m’en procurer une autre. 

Victor Dermo fait partie de tes proches. Peux-tu nous raconter votre rencontre ?

Victor, c’est la famille. Vraiment. J’étais tombé sur son interview sur OKLM radio en 2017, et en plus d’avoir la même passion pour le manga, le rap, et le Japon que lui, j’ai trouvé son intervention très bonne. Je lui ai écrit sur Facebook, et nous sommes restés en contact jusqu’à sa venue au Japon en 2018. On a passé un mois de malade mental ensemble à Tokyo, certainement un des meilleurs mois de toute ma vie.

Tuan HollaBack à gauche et Victor Dermo à droite

Victor c’est vraiment un frère, en plus on est nés le même jour (le 10 Février)! Il revient chaque année au Japon pour environ trois mois. Lui et moi, c’est un duo de l’extrême. Ce que j’aime chez lui, c’est sa mentalité. Il est plus dans un délire débrouille/hip-hop que purement manga, et c’est pareil pour moi. Par contre il croit que la raclette est un plat Français, alors que tout le monde sait que c’est Suisse…

On peut voir que tu es un grand amateur de hentaï. Tu prépares d’ailleurs un artbook qui regroupe tes meilleurs travaux, peux-tu nous en dire plus sur cette passion ?

Oui, je suis en effet un très grand amateur de la chose depuis mon enfance! J’ai sorti un premier recueil, fin 2017, intitulé “It’s called Hentai. And It’s Art.” (lien: https://www.blurb.fr/b/8330020-it-s-called-hentai-and-it-s-art). Ça reste encore à ce jour mon bestseller. Le deuxième volet arrivera dans le courant 2020. Pendant très longtemps, je considérais l’humour et le drame comme les plus puissants vecteurs d’émotion. Faire rire et pleurer son lectorat est un exercice très difficile. Mais quid de susciter l’excitation sexuelle, le désir?

C’est un challenge personnel que je me suis donc imposé en dessinant du hentaï. Et j’avoue prendre énormément de plaisir à le faire. De plus, je travaille aussi dans le monde du divertissement pour adultes depuis un certain temps, avec notamment Anri Okita, Violet Meyers et encore d’autres pornstars. C’est un milieu que j’apprends encore à connaître et qui me plaît bien.

Hentaï Art by Tuan HollaBack

J’ai eu des échos comme quoi tu bosserais sur une BD. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le projet est en pause depuis un moment. À l’heure actuelle, je ne peux malheureusement pas me pencher dessus, faute de temps. Le scénario est terminé, et j’étais en train d’écrire le script quand j’ai dû mettre les choses entre parenthèses. J’espère pouvoir m’y remettre un jour.

Tu as réussi à faire de ta passion ton métier, peux-tu donner un conseil pour quelqu’un qui aspirerait à la même chose?

En plus du travail et de la chance, je pense que se constituer un réseau est extrêmement important. Il n’est pas nécessaire d’avoir des dizaines de milliers de followers sur les réseaux sociaux. Tant qu’une fan base solide est là et que le bouche à oreilles fonctionne bien, on peut très bien gagner suffisamment pour vivre. Après, mon parcours est assez atypique car je n’ai jamais fréquenté les conventions, ne me suis jamais connecté avec les dessinateurs/mangakas francophones…

J’ai toujours tout fait de mon côté en étant focalisé sur les USA et le Japon, le plus souvent dans le milieu de la musique. J’y connais du monde, j’aime y évoluer, et c’est ça qui fait ma particularité je pense. Être une personne de terrain, c’est primordial aussi. J’ai le sentiment que les jeunes artistes sont trop focalisés sur les ‘likes’ et les vues sur les réseaux sociaux. Sortir et aller à la rencontre des gens, c’est vraiment important. Autre chose: ne pas écouter les médisants et ne pas se décourager si les proches ne cautionnent pas forcément ce que vous faites.

Très cher Tuan, où peux-t-on te suivre ?

Instagram: @airforcetuan

Twitter: @airforcetuan

Facebook: www.facebook.com/airforcetuan

Patreon: www.patreon.com/airforcetuan

Un mot pour la fin ?

La clé du succès est de débuter avant que l’on ne soit prêt.

Tuan HollaBack dans toute sa splendeur

Et voilà, c’était notre interview avec Tuan Hollaback ! J’espère que ça vous a plus et que ça vous a donné envie de voir davantage de ses travaux ou motivé dans vos projets. Gaak, toujours là pour mettre en avant des talents comme Tuan ou plein d’autres.

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