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Les Trésors du Nain: V2 Panzer, entre Mad Max et Albator !

Les Trésors du Nain: V2 Panzer, entre Mad Max et Albator !

par Balin 13 mars 2022

Une héroïne forte et indépendante, un univers rétro-futuriste, une course mythique à moto et dans le désert : découvrez V2 Panzer !

Je vous parlais de V2 Panzer pour son arrivée en France, en juillet dernier. Aujourd’hui, je vous donne mon avis sur ce one-shot de Leiji Matsumoto ! Initialement prévu le 1er octobre 2021, cet unique tome est finalement sorti le 21 janvier dernier!

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V2 Panzer: à vos marques… Prêts…?

Les éditions Kana nous proposent une édition de V2 Panzer magnifique; à la hauteur de ce que représente son auteur pour le manga. Et oui… Nous sommes face à une oeuvre du légendaire Leiji Matsumoto, papa d’Albator, de Galaxy Express 999 et de tant d’autres…!

À l’origine publiée en 2 tomes, Kana fait le choix de compiler le tout en un seul et unique tome. De quoi donner une belle consistance à cet ouvrage qui rejoint le label Sensei de l’éditeur. Mais ce n’est pas tout ! En effet, c’est avec un grand format A5 qu’on découvre ce seinen. Ajoutez à cela une très belle couverture réversible, une belle qualité de papier et vous obtenez une édition impeccable.

La liberté n’est pas un mirage qui se trouve au bout de la course !
Dans un monde post-apocalyptique placé sous la coupe d’un dictateur, une mythique course de la mort à moto est lancée. La (re)belle Savior Serazard entend remporter cette course et espére ainsi participer à l’avènement d’un monde meilleur.
Leiji Matsumoto nous embarque dans une belle aventure avec ce road trip de bikers à la Mad Max et en profite pour évoquer des thèmes chers à son coeur : l’aventure spatiale, la guerre, l’usage du pouvoir, l’écologie, la place de l’Homme dans le monde ainsi que son rapport aux machines.

PARTEZ !!

V2 Panzer, c’est l’histoire d’un road-trip à travers le désert. (Mad Max Fury Road vous l’avez?). Mais ce n’est pas que ça, évidemment. L’objectif de cette course, c’est tout simplement de pouvoir affronter Zuera Zender, l’homme qui tyrannise ce monde. Et pour notre héroïne, Savior Serazard, c’est l’occasion de se venger de celui qui a tué ses parents.

Au delà de ça, le récit prend des allures de voyage initiatique. Notre héroïne apprend, se construit, évolue à travers ce voyage. Pour Leiji Matsumoto, c’est un moyen d’aborder des thématiques comme la lutte contre le pouvoir en place, la préservation de l’environnement, la recherche spatiale, ou encore l’envie de liberté.

© by MATSUMOTO Leiji / Shônen Gahosha

En ce qui concerne le rythme de l’oeuvre, V2 Panzer est assez particulier. Quand on connaît un peu son auteur, ça n’est pas surprenant. Mais pour un néophyte cela peut-être déstabilisant. Déjà, chaque chapitre, bien que lié aux autres par le fil rouge de la course, peut être considéré comme une histoire indépendante. Ensuite, introduire les chapitres avec de gros cartouches narratifs, ça à de quoi surprendre; mais c’est la « touche » Matsumoto.

Et enfin… L’histoire est pleine de zones d’ombres, de mystères ! C’est frustrant, mais c’est aussi ce qui fait le charme de l’oeuvre: elle laisse la part belle à notre imagination. Et puis… éclaircir un univers aussi vaste avec si peu de pages serait contre-productif.

Scénario: 4/5

Graphiquement, V2 Panzer s’inscrit pleinement dans le style Matsumoto. On retrouve les personnages féminins à la plastique fine, longiligne et gracieuse. Serazard n’échappe d’ailleurs pas à la règle : on retrouvera en elle, au choix, Maetel ou Esmeralda. Et ce n’est pas le seul visage commun que les fans d’Albator retrouveront. On peut citer Sherlock Maybach ou Gen Daiba évidemment. C’est ça, le Leiji-verse! (Hiro Mashima n’a rien inventé…!)

© by MATSUMOTO Leiji / Shônen Gahosha

Les décors sont magnifiques, et les doubles pages permettent une excellente immersion. Visuellement, l’univers de l’oeuvre est un subtil équilibre de détails très précis et d’espace, de « vide ». Les déserts que parcourent nos personnages ont Évidemment, il y a un style old-school, vintage. Il ne faut pas oublier que l’oeuvre date de 1987 tout de même ! De mon point de vue, ça ne plaira donc pas à tous; néanmoins, je pense que cela mérite le coup d’oeil.

Et pour ceux qui sont déjà fans de l’auteur, et familiers de son trait; sachez que contrairement aux autres oeuvres du maître, le découpage est atypique, bien plus dynamique et percutant que l’habituel aspect contemplatif. Vous découvrirez donc quelque chose de nouveau avec cette oeuvre !

Dessin: 4/5

Un aspect sur lequel j’ai été moins enthousiaste en revanche, ce sont les personnages. Comme évoqué précédemment, à la lecture on a ce désir d’en savoir plus qui n’est pas satisfait. Cette frustration est inhérente au format court, et même si j’aimerais m’en détacher, elle persiste.

V2 Panzer, c’est l’histoire d’une femme, Savior Serazard. Et si habituellement, les protagonistes féminins de Matsumoto cachent une force de caractère derrière calme et douceur; force est de constater que Serazard n’est pas de celles-là. Notre protagoniste n’a pas de retenue, et est du genre loquace. Quand quelque chose ne lui plaît pas, elle le dit. Et si elle juge que la discussion sera stérile… Elle tire. C’est donc un portrait assez atypique par rapport au canon de l’auteur que l’on découvre.

© by MATSUMOTO Leiji / Shônen Gahosha

Pour l’accompagner dans son périple, l’auteur lui adjoint deux personnages: Sherlock Maybach et Gen Daiba. Ces deux derniers représentent une aide, mais aussi un garde-fou pour juguler le caractère explosif de notre héroïne. Finalement, on peut les voir comme une petite voix de la raison qui s’assure que Serazard reste sur le droit chemin. D’ailleurs, leurs apparitions ne sont que ponctuelles et relèvent parfois du mirage. Les deux personnages semblent fantomatiques, et sont auréolés de mystère… Une façon astucieuse de garder notre héroïne au premier plan; mais est-ce seulement cela ?

Parmi les choses qui m’ont beaucoup moins convaincu; il y a l’humour de la série. Serazard est une femme consciente de ses atouts, et elle n’hésite pas à jouer de ses charmes pour obtenir ce qu’elle veut. C’est une situation qui revient très souvent dans ce one-shot; tant et si bien que j’y vois un running-gag de l’auteur. Et même si le but derrière ces mises en scènes et de dénoncer les vices des hommes; je me dis qu’il y aurait peut-être de meilleurs moyens que de dénuder son héroïne… On dira que cela a mal vieilli…!

Personnages: 3/5

Mais le gros point fort de l’oeuvre à mon avis, c’est son univers. Le monde que nous propose Leiji Matsumoto avec V2 Panzer s’inscrit dans le post-apocalyptique avec une esthétique rétro-futuriste. Là encore, on retrouve le côté Mad Max. Cependant, il est agrémenté d’éléments de science-fiction, qu’on retrouverait plutôt dans le space-opéra, qui lui confèrent une identité unique. Personnellement, j’ai beaucoup aimé ce mélange.

Ce monde est dur, violent. L’auteur ne lésine d’ailleurs pas sur l’hémoglobine, les chairs déchirées sous l’impact des balles, les membres brisés, les corps calcinés… L’atmosphère est lourde, pesante, oppressante parfois mais…

© by MATSUMOTO Leiji / Shônen Gahosha

Leiji Matsumoto nous prend à revers en mettant en avant des situations absurdes et un humour totalement décalé. L’alchimie est détonnante, et très intéressante.

Et pour finir… Je souhaitais saluer l’érudition et le perfectionnisme de l’auteur. Dans V2 Panzer, les motos ont une place prégnante. En particulier la BSA G14 de notre héroïne. On ressent la minutie, l’envie de retranscrire fidèlement une réalité. J’ai beaucoup aimé le passage où Gen Daiba s’indigne de mettre des pièces non conformes à celle d’origine.

Et c’est quelque chose qui transparaît également dans la représentation du temps, plus précisément des montres. Je n’aurais pas cru voir une Breitling Navitimer Cosmonaut ou même une Lindberg de la maison Longines dans un manga..!

Univers: 5/5

V2 Panzer en résumé !

V2 Panzer, c’est l’histoire d’une course à moto à travers le désert avec pour objectif une vengeance. Savior Serazard, l’héroïne, est une femme de caractère, qui n’hésite pas à jouer du fusil d’assaut ou de ses charmes pour parvenir à ce qu’elle veut.

Ce road-trip, que nous propose Leiji Matsumoto, se révèle être un parcours initiatique qui verra grandir sa protagoniste. Chaque chapitre, relativement indépendant des autres, sera l’occasion de nouveaux mystères, et d’une évolution du personnage.

On retrouve évidemment tout le style Matsumoto: les personnages du Leiji-verse, les silhouettes féminines fines et élancées, les long cartouches parchemins en début de chapitre, les thématiques chères à l’auteur (environnement, lutte contre un oppresseur, quête de liberté…). C’est un régal pour les fans du genre !

V2 Panzer trouve son originalité dans son univers, tout en contraste. Entre post-apocalyptique et space opera, entre dessins détaillés et épurés, entre dure réalité et humour absurde. On peut aussi noter l’érudition de l’auteur qui donne une crédibilité à l’univers. Cette BSA G14. 💜

Le seul reproche que je pourrais faire à l’oeuvre, c’est qu’elle a mal vieilli… L’humour insistant sur le corps de Serazard est un peu lourd, même s’il vise à dénoncer les comportements des hommes. Le fait que l’oeuvre soit volontairement parsemée de mystères qui ne seront pas résolus et le style de dessin old-school, ne plairont évidemment pas à tous les lecteurs de manga.

Note globale : 16/20

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