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« Skydance, ils n’en ont rien à foutre. » : l’héritage de Game One est dans une période décisive (INTERVIEW)

Relancer une chaîne de télévision ne se fait pas en un claquement de doigts. Depuis la disparition de Game One, le 31 décembre dernier, une communauté de fans et un investisseur, l’homme d’affaires David Neichel, tentent pourtant de remettre la machine en marche.

Figure emblématique de la chaîne, Marcus, de son vrai nom Marc Lacombe, a appris sa fermeture en octobre 2025, comme le public, par un article de BFM Tech. La décision faisait suite au rachat du groupe Paramount, propriétaire de Game One, par la société de production Skydance. Un mouvement stratégique à l’échelle internationale, aux conséquences immédiates pour une équipe de huit salariés.

« C’est très clair que pour eux, on n’existe pas. »

Pour illustrer le rapport de force, Marcus use d’une métaphore : « [Skydance] est un gros requin qui a mangé un gros poisson, qui était Paramount, et nous, on est du plancton dans le ventre du poisson. »

Selon Médiamétrie, la chaîne rassemblait près de 3 millions de téléspectateurs par mois de janvier à juin 2025. Un chiffre honorable, mais insignifiant à l’échelle d’un groupe mondial. « Game One ne leur sert à rien. Il n’y a pas de catalogue de films qu’ils pourraient exploiter. C’est huit salariés, c’est rien du tout », poursuit-il.

David Neichel, qui était présent lors de la dernière émission « Team Game One », travaille à un plan de relance avec un objectif fixé à septembre 2026, combiné dans l’idéal à une présence sur la plateforme Twitch. Problème : malgré des sollicitations répétées, Skydance ne répond pas à ses propositions de rachat. « Je pense qu’il les contacte pour demander combien ils vendraient Game One et qu’ils ne répondent même pas. Ils ne font pas monter les enchères, ils ne répondent pas du tout, à mon avis. »

Marcus affirme pourtant que l’équipe a « totalement confiance » en son investisseur, saluant « ses idées, ses valeurs, son expérience et ses moyens financiers et logistiques » : « Il est totalement capable de le faire. »

un seul mot d’ordre : les fans

Mais au-delà des négociations, Marcus insiste sur un autre levier : le public. « On ne peut pas s’en sortir seuls. On a besoin des gens. » Un soutien qu’il juge réel, mais fragile.

Car à l’heure de l’information instantanée, les annonces approximatives et les rumeurs peuvent, selon lui, affaiblir la mobilisation. « Quand des informations déformées circulent, comme “Game One revient officiellement en septembre sous un autre nom”, c’est contre-productif. Les gens prennent pour acquis qu’on va revenir, alors que ce n’est pas acquis du tout. »

Au-delà d’un éventuel rachat, l’équipe historique a déjà relancé la « Team Game One » sur Twitch. Chaque semaine, entre 100 000 et 150 000 spectateurs suivent l’émission en direct, intitulée sobrement « La Team ».

« Il y avait beaucoup d’agents dormants », observe Marcus. Des anciens téléspectateurs qui ne regardaient plus la chaîne, mais dont « le petit cœur a été touché » à l’annonce de sa disparition. « Beaucoup ont dit : “Si ça revient sur le net, on sera au rendez-vous.” » Promesse tenue.

Ce retour numérique sert aussi d’argument auprès des annonceurs. « On avait un petit budget pour lancer quelques émissions. Il est épuisé. Maintenant, il nous faut des sponsors. » Hors de question, pour Marcus, de solliciter financièrement le public.

TV ou net ? pas de rivalités.

Reste une question : pourquoi vouloir revenir à la télévision alors que le numérique domine ? Marcus balaie l’idée d’un média dépassé. « Quand des gens comme Squeezie organisent un Grand Prix avec des sponsors et un rendez-vous à heure fixe, c’est de la télé. » Pour lui, le modèle du rendez-vous collectif n’a pas disparu, il a simplement changé de forme.

L’animateur revendique même l’héritage de Game One dans l’essor du streaming, un constat sans amertume. « Si j’avais su qu’un jour YouTube existerait, j’aurais lancé Level One dessus dès le début. Aujourd’hui, je serais riche comme Squeezie », plaisante-t-il. « Mais je n’ai aucune aigreur. Je suis heureux d’avoir inspiré des gens qui vivent de leur passion. »

Ce lien générationnel reste central. En salon, Marcus croise désormais des parents venus avec leurs enfants. « Ils transmettent l’amour du jeu vidéo. » C’est cet esprit qu’il souhaite préserver, voire élargir, autour des « univers de l’imaginaire » : Marcus imagine ainsi une place pour le jeu de société, mais aussi pour certains programmes de la chaîne J-One, la petite sœur de Game One, elle aussi arrêtée en décembre 2025.

Au-delà des animateurs, il insiste aussi sur la volonté, également celle de David Neichel, de préserver l’écosystème historique de la chaîne : ingénieurs du son, cadreurs, maquilleuses… Une équipe qui travaille ensemble depuis plus de 10 ans et qui est devenue une véritable petite famille.

Si le rachat échoue, une alternative existe : créer une nouvelle chaîne, dans le même esprit. « Ce n’est pas le nom qui compte, c’est l’esprit. » Le dernier slogan de Game One, « L’imaginaire nous rassemble », pourrait selon lui servir de cap.

Game One

Rien n’est acquis. Mais une chose semble certaine : qu’elle s’appelle Game One ou autrement, l’équipe ne compte pas disparaître.

« Je suis payé pour jouer », sourit Marcus. « C’est le titre de ma biographie. »