Accueil Découverte Les pérégrinations de Shima aux Utopiales : Interview de Thomas C. Durand, 2ème partie
Les pérégrinations de Shima aux Utopiales : Interview de Thomas C. Durand, 2ème partie

Les pérégrinations de Shima aux Utopiales : Interview de Thomas C. Durand, 2ème partie

par Shima 11 novembre 2019

Voici la suite de notre Interview de Thomas C. Durand, alias Acermendax sur la Fiction. Retrouvez la 1ère partie ici.

Rien ne paraît vrai dans Star Wars ou le Hobbit et pourtant ce sont des divertissements réussis. Paraître vrai n’est pas requis pour divertir. Ce qui est attendu d’un film c’est la cohérence et pas la pseudoscience : la pseudoscience est nocive à la société.

Article Lucy, sur la Menace Théoriste
Selfie de Thomas après notre interview sur la fiction
Selfie pris par Thomas lors de sa conférence sur les Mécanismes de la Pensée Réfractaire, juste après l’interview

Interview sur la Fiction, 2ème partie

Shima : Du coup, j’aurais aimé aborder avec vous la fiction vis-à-vis plus ou moins de la zététique.

Dans votre Tronche en Live 54 sur l’archéologie – le réel vs la fiction, avec Jean Pierre Adam, celui-ci déclarait qu’il était « d’une férocité et d’une injustice totale de critiquer un auteur de romans historiques car il manipule les faits et les personnages. Qu’on ne peut critiquer l’œuvre que sur la qualité littéraire de l’œuvre et la cohérence du récit ». Êtes-vous du même avis ?

Thomas : Je ne sais plus qui a dit, c’est Victor Hugo ou Alexandre Dumas, « On peut violer l’histoire si on lui fait de beaux enfants ». Aujourd’hui évidemment on n’oserai plus trop dire ça comme ça, mais c’est Dumas.

Soit on lit un documentaire et une biographie et là, on veut des choses exactes et précises. Ou alors on lit une histoire et on sait bien que c’est un peu romancé. Moi je ne suis pas tellement client de ces histoires-là. Mais, quand on va au cinéma pour voir une fiction… J’ai été voir Rocket Man, le film sur la vie d’Elton John, évidemment que ça ne s’est pas passé comme ça. On le sait bien.

La vie telle qu’elle est vécue ne ferait pas un bon roman. Et un roman tel qu’il est écrit ne ferait pas forcément une belle vie. Acceptons que la fiction soit la fiction. Je pense qu’on est dans une crise actuellement, la post-vérité est aussi une post-fiction. On l’a déjà dit dans le Tronche en Live, numéro je ne sais plus combien (ndlr : le 64), avec Sébastien Dieguez, sur le Bullshit. Il a écrit, moi j’avais déjà l’idée en tête, et qu’il l’ait écrit fait que maintenant je vais la mettre partout : « la post-vérité est aussi une post-fiction. Réhabilitons la fiction pour ce qu’elle est ». Elle nous apprends plein de choses sur le réel. Elle nous éclaire sur comment on réagit, comment on ferait si.

Et la Fantasy ou la SF, on pose un Et si. Et si c’était ça et hop on construit. C’est souvent les gamins « On dirait que j’étais un dragon ! » D’accord, et on fait quoi à partir de là ? C’est super ! Mais maintenant il y a des gens qui disent « oui, mais si c’était vrai ? » et ils font comme si c’était vrai. Ils ont rien compris en fait ! Non, le Et si, c’est du chiqué, c’est pour du beurre.

Shima : C’est ce que je me demandais dans la question suivante, est-ce que la fiction populaire ne contamine pas les croyances sur la science et de la démarche scientifique ? Cela ne lui porte pas préjudice ? Je pense notamment au film Lucy duquel vous avez fait une critique sur votre site.

Thomas : Alors après il y a les stéréotypes. Si on imagine que c’est ça et que toutes les fictions nous montrent ça avec des experts, la police scientifique qui a de l’ADN et 15 minutes chrono, bon… Si on représente mal la science et que les gens n’ont accès à la science qu’à travers de la fiction, ça va poser des problèmes. Mais ce n’est pas la fiction qui est en cause. A un moment donné, c’est le fait que les gens soient ignorants de ce qu’est la vraie science. Donc, à côté de bonnes fictions, il faut leur proposer un accès facilité, populaire à la science. C’est ce qu’on tente de faire nous, avec la Tronche en Live. Il n’y a pas que nous. A la télé, en général, c’est à chier, mais à la radio, il y a quand même pas mal de choses qui se font.

Et c’est les deux, il faut aimer la fiction, mais ne pas oublier que le monde réel est important. C’est un peu là qu’on vit, donc il faut se renseigner sur comment il marche et avoir envie de le faire. Et peut-être que la fiction peut nous intéresser « Mais est-ce que c’est comme ça que cela se passe pour de vrai ? ». Si la fiction nous offre ce questionnement là, et qu’à côté on a des sources où on peut aller vérifier, “est-ce que ça se passe comme ça pour de vrai ?” Alors on a tout ce qu’il faut.

Shima : Quand j’étais ado, j’ai lu un manga sur l’alchimie (nos lecteurs se douteront duquel), et je ne connaissais pas, je me suis donc renseignée sur l’alchimie, j’ai trouvé ça très intéressant, mais ce n’est pas pour ça que j’en suis devenue adepte.

Thomas : J’espère ! Mais moi je suis zététicien, ce n’est pas pour ça que crache sur l’astrologie, l’alchimie, la magie. J’adore les bouquins de magie ou en spectacle. L’artiste sur scène, il a tous les droits. Sauf quand, et là c’est les limites du mentalisme… Si il vous vends une explication en vous disant : «  Ça c’est que je suis scientifique et que je lis les micro-expressions », en fait c’est pas ça qu’il fait pour de vrai, il fait autre chose que ça. Mais on part avec l’idée qu’il est fort, qu’il a des capacités, mais en fait non, il vous a menti de a à z. Mais il faudrait qu’il vous le dise qu’il vous a menti de a à z. Or, à mon sens, et c’est ma critique des mentalistes et comme j”en connais quelques uns maintenant, j’ai eu l’occasion de leur dire, on n’est pas d’accord, on est un peu en décalage. Je pense qu’il faudrait leur dire aux gens qu’on leur ment, quand on leur ment.

J’ai vu Derren Brown, il a un spectacle qui s’appelle Miracle et en fait il reproduit ce que font les gens dans les églises, où part le Saint Esprit, ils guérissent les gens. Et c’est remarquable, c’est vraiment très édifiant. Évidemment, il commence par dire « Je suis un athée, mais on va faire comme si » et tout le reste il fait « comme si » et les gens ressentent dans leurs corps des effets. Et il n’y a pas de « truc », c’est le contexte, les effets contextuels. Il installe ce qu’il faut et les gens, quand c’est Derren Brown, on est très impressionné de base parce qu’il est putain de doué et ça marche. Je pense que tous les athées devraient tous regarder ce spectacle de Derren Brown, il est sur Netflix, merci Clément pour le tuyau (ici). Mais ne pas oublier que les magiciens nous mentent. Ce sont des menteurs honnêtes, comme le dit James Randi.

Naru : Pour un peu qu’ils le soient, honnêtes.

Thomas : La bonne foi est présumée.

Naru : C’est le rasoir d’Hanlon ?

Thomas : Ne pas attribuer à la malveillance ce que la bêtise suffit à expliquer. Et moi je mets une deuxième lame au rasoir D’Hanlon, ne pas attribuer à la bêtise ce que l’incompréhension suffit à expliquer.

Parce que peut-être qu’il est intelligent, mais il ne parle pas de ce que moi je parle, il parle d’autre chose. Du coup ça a l’air con.

Naru : D’ailleurs je vous ai entendu citer une phrase que j’ai lue dans un livre de Bernard Werber

Thomas : Ah merde !

Naru : Non, justement je la trouve très bien, sur la communication.

Thomas : Ah oui oui, « Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que j’arrive à formuler, ce que tu entends, ce que tu comprends, il y a au moins dix raisons de ne pas se comprendre, mais essayons tout de même ». Donc si c’est lui qui a inventé cette phrase, ce que je doute, je ne sais pas.

Naru : C’est chez lui que j’ai été la chercher, dans l’encyclopédie…

En chœur : …du savoir relatif et absolu.

Fin de cette 2ème partie d’Interview

3ème et dernière partie

Citation exacte :

Entre,
Ce que je pense
Ce que je veux dire
Ce que je crois dire
Ce que je dis
Ce que vous avez envie d’entendre
Ce que vous croyez entendre
Ce que vous entendez
Ce que vous avez envie de comprendre
Ce que vous croyez comprendre
Ce que vous comprenez
Il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à communiquer.
Mais essayons quand même…

Bernard Werber / Encyclopédie du savoir relatif et absolu

Conférence de Thomas Durand aux Utopiales 2019

Conférence sur les mécanismes de la pensée réfractaire :

Site de l’auteur
Facebook de Thomas C. Durand
Site des Enigmes de l’Aube
Site La Menace Théoriste
Chaîne Youtube La Tronche en Biais
Site de l’ASTEC

Crédit de l’image (bannière Facebook de Thomas) : Crédit : Thomas O’Brien www.facebook.com/thomasobrienpro

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2 Discussion

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Interview de Thomas C. Durand, 1ère partie - la Fiction | Gaak 13 novembre 2019 - 18 h 59 min

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