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The Garden of Words : le Makoto Shinkai d’avant

par Xerxes 1 septembre 2021

Film de Makoto Shinkai chez ComIxWaves Films, 2013, disponible chez Kaze en France. 46 minutes.

Takao aime la pluie, la pluie qui le dissimule, la pluie qui le masque, la pluie qui lui offre un refuge dans ce jardin public qu’elle vide. Alors que seuls les clapotis des gouttes l’entourent, Takao s’échappe sous un porche et se livre à son rêve : créer des chaussures. Rêve qu’il doit taire et qui le taraude du fait de son caractère incertain pour le futur. Cependant, quelqu’un va un jour se trouver sous ce porche : une femme à l’air doux et mélancolique, assise là, à boire des bières, grignoter du chocolat et bouquiner. Bientôt ces rendez-vous marqués par l’adverse deviennent un rituel et chacun apprend à s’ouvrir à l’autre, à trouver un soutient et presque une sérénité chez l’autre.

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Peut-être la pluie viendra…

Trop beau pour être vrai ?

Je dois avouer qu’ayant découvert Makoto Shinkai sur le tard grâce à Your Name et Weathering with you, ce film m’a bien surpris. D’abord par son format court, seulement 45 minutes. Puis aussi par sa banalité : là où dans Your Name le scénario haut en couleur s’accord aux magnifiques graphismes, The Garden of Words délivre un scénario basé sur une romance simple et courante, sans aucune surnaturalité. Takao n’est qu’un adolescent peinant à se trouver et elle une jeune femme éprouvée par l’âge adulte et ses incertitudes. Ce sont des personnes comme on peut en trouver tant qui vont se retrouver sous le déluge, voilà tout. Plus encore, la romance n’échappera pas à quelques raccourcis et extrapolations, sous-entendus que le spectateur perçoit, d’autant plus que le film est parsemé de pauses visuelles méditatives et contemplatives tout bonnement stupéfiantes.

C’est justement là que le film dévoile sa seconde écriture : les graphismes. Une animation aux détails plus que foisonnants et millimétrés, où le réalisateur ne laisse rien au hasard. Le film nous décrit parc et Tokyo à la manière d’une photographie dans une animation mêlant 2D et 3D à la perfection pour nous époustoufler. Tout est source d’émerveillement : la pluie, les cigales, un passage piéton. L’absence ou presque d’OST renforce cela, donnant une ambiance sonore calme, pluvieuse. C’est tellement superbe que ça en vire presque à la démonstration, comme si Shinkai avait voulu ici démontrer son talent de réalisateur, avec quelques plans qui auraient mérité quelques secondes de moins ou des scènes recyclées – quoique nous devons garder à l’esprit que l’équipe a réussi la prouesse de réaliser le film en 6 mois. 

La vie est belle dans The Garden of Words

Alors, The Garden of Words est-il pour autant un film raté ? Bien évidemment que non, il serait odieux de le condamner malgré le travail fourni. En fait, derrière cette romance simple, Shinkai nous apprend que la vie est magnifique quoi qu’il en soit. D’abord grâce à ce lien spécial unissant les deux protagonistes, qui vont chacun être le soleil de l’autre, le film nous raconte qu’un simple hasard peut nous bouleverser et changer notre vie en bien. Ensuite grâce aux graphismes somptueux, et c’est pour cela que je les ai précédemment qualifier de “seconde écriture”.

Magnifiant chaque détail avec une attention presque maniaque, Shinkai parvient à saisir des scènes de la vie de tous les jours et à les rendre sublimes, de telle sorte que l’on pourrait passer des heures à admirer le quai d’un métro. La pluie devient dès lors splendide, offrant un havre de paix à nos personnages et une autre vision du monde. C’est sous cette pluie que Takao, aspirant cordonnier, apprendra à la mystérieuse femme à marcher et à avancer ensemble. 

Synthèse :


Le film peut parfois passer lentement, les plans, tous magnifiques qu’ils soient, commencent à lasser par la fin, et la romance semble accélérée à certains moments. Cependant, Makoto Shinkai reste maître pour nous arracher une larme quoi qu’il arrive et pour insuffler une délicieuse poésie de l’instant. Tout prend alors sens et vie et notre cœur se réjouit des émotions dégagées. Si le scénario n’a pas su parfaitement me convaincre, rester insensible est impossible et The Garden of Words m’a retenu sous la pluie par sa maîtrise et son talent.

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