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Violence Action T1 à T3 : Quotidien d’une tueuse à gages

  • Skalkoza 
Couverture Tome 3 Violence Action Renji Asai Shin Sawada Pika Edition Yakuza

Il y a quasiment un an, Pika nous annonçait l’arrivée d’un nouveau Seinen dans son catalogue. Il s’agissait de Violence Action, un manga de Shin Sawada (scénario) de son vrai nom Daisuke Muroi et Renji Asai (dessin).

La série, très attendue en France, est encensée au Japon par ONE, l’auteur de Mob Psycho 100 et One-Punch Man. Elle nous promettait de beaux dessins, de virevoltants combats et un scénario intéressant. Qu’en est-il réellement ? Trois tomes sont déjà parus en France et je vous donne aujourd’hui mon avis suite à leur lecture !

Elle est géniale. Je n’ai pas besoin des services de Kei, mais j’aimerais trop l’engager !

ONE

Pour lire le premier chapitre du manga, c’est PAR ICI que ça se passe.

Kei Kikuno est étudiante et comme beaucoup de ses camarades, elle subvient à ses besoins grâce à un petit boulot. Sauf que sa vie n’a pas grand-chose à voir avec celle des jeunes de son âge… Son job : tueuse à gages. La numéro 1 du milieu. Sous ses airs de fille un peu dans la lune; Kei est rapide, agile, surentraînée et honore toujours ses contrats, sans qu’on se méfie d’elle. Un jour, un homme singulier appelé “le doc” fait appel à ses services pour venger sa femme et sa fille assassinées par un clan de yakuzas…

Couvertures : Kei à toutes les sauces

Les jaquettes de Violence Action sont toutes jaunes avec, à chaque tome, une nouvelle illustration de Kei et quelques gouttes de sang ici et là. Elles ne sont pas les plus originales qu’il vous sera donné de voir mais elles restent jolies, agréables à regarder et les tranches rendent bien dans une bibliothèque. Le décalage entre la résonance du titre et le joli visage de l’héroïne est plutôt recherché. J’ai aimé ce choix des auteurs. 

Côté couverture, c’est la même pour tous les tomes. Du sang, beaucoup de sang, éclaboussé avec Violence Action écrit en grand. Une couverture qui, bien qu’en noir et blanc, annonce la couleur de ce qui nous attend dans cette histoire.

Note couvertures : 1,5 / 2

Monsiur Moumoute Kei © Pika Edition - Shin Sawada - Renji Asai Violence Action
Mission de Monsieur Moumoute : Préserver la santé mentale des tueuses à gages © Pika Edition – Shin Sawada – Renji Asai

Scénario : Des histoires à suivre, sans savoir où l’on va

D’abord Violence Action, qu’est ce que ça raconte ? 

Violence action, ce sont les aventures d’une jeune étudiante de 20 ans, toute mignonne, qui s’appelle Kei. À première vue, la demoiselle ressemble à toutes celles de son âge mais les apparences sont trompeuses. Dès les premières pages du récit, on apprend que Kei a un petit boulot peu commun. Elle est tueuse à gages et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de la numéro 1 du milieu.

Pour faire appel à ses services, rien de plus simple. Il suffit de contacter le service de livraison express de « jeunes filles de réconfort fraîches et naturelles ». L’agence qui l’emploie (et qui n’emploie que des jeunes filles d’ailleurs) se fait donc passer pour un prestataire/fournisseur de call girls.

Les clients, bien souvent des yakuzas, peuvent choisir n’importe quelle fille pour exécuter n’importe quelle mission. Simple protection, vengeance, règlement de compte… Toutes les raisons sont valables pour embaucher une tueuse professionnelle. 

Service de livraison express de jeunes filles de réconfort fraîches et naturelles © Pika Edition - Shin Sawada - Renji Asai Violence Action
Bienvenue au service de livraison express de jeunes filles de réconfort fraîches et naturelles © Pika Edition – Shin Sawada – Renji Asai

Plein de petites histoires, à la Détective Conan 

Au fil des pages, on suit le quotidien de Kei, essentiellement en mission mais également à l’université, à la maison ou en dehors. Si certaines missions ne durent que le temps d’un chapitre, d’autres se prolongent sur plusieurs. Toutes, qu’elles soient courtes ou longues, sont intéressantes à suivre.

Ce que j’ai apprécié

D’abord, le sens du devoir qui bafoue le sens moral. Kei n’est pas une sorte de Ryo Saeba ou Vash the Stampede qui évite à tout prix de tuer ses cibles. Je pensais, à tort, qu’elle se laisserait attendrir quelques fois par les situations qu’elle rencontre. Loin de là. Pour elle, une mission est une mission et il faut à tout prix la mener à bout. Si elle consiste à tuer des dizaines de personnes, alors ainsi soit-il. La demoiselle est aussi mignonne qu’impitoyable. Néanmoins, elle n’est pas dépourvue d’émotions. C’est une sorte de Naruto, un peu à sa manière. Elle encourage ceux qui croisent son chemin à se trouver une raison de vivre. Même si cette raison consiste à torturer à petit feu la personne qui a assassiné les membres de sa famille. 

Ensuite, la dureté des sujets traités (ce n’est pas un seinen pour rien). Bien souvent, il est question d’histoires de vengeance où l’on s’en va explorer les dessous du monde de la pègre. Il y aura cette femme et sa fille qu’on a décimé pour calmer la rage d’un clan ennemi. Cette enfant dont on a assassiné les parents et qu’on a élevé comme une chienne. Ces orphelins dont on a fait des machines à tuer dépourvues de tout sentiment. Les sujets sont, à chaque fois, durs et émouvants.

Enfin, c’est la légèreté qu’a su amener l’auteur dans son histoire malgré sa noirceur. Un peu comme le point blanc dans le Yin. Cela permet d’apprécier la lecture sans enchaîner malaise sur malaise ou dégoût sur dégoût. 

© Pika Edition - Shin Sawada - Renji Asai Violence Action
Tuer l’assassin de sa famille à petit feu, une raison de vivre suffisante © Pika Edition – Shin Sawada – Renji Asai

Du Yin et du Yang 

Bien que j’ai apprécié énormément de choses dans Violence Action, il y a quand même certains points qui m’ont laissés sur ma faim. 

Lorsqu’on lit le premier tome, on n’arrive pas à identifier le fil rouge de l’histoire. On se dit alors qu’il y aura sûrement quelque chose au deuxième. Puis du deuxième au troisième, toujours rien. Les histoires s’enchaînent, un peu à la Détective Conan, sans savoir où l’on va. C’est pareil pour l’antagoniste. Il n’y en a pas (encore?). 

Aussi, au bout de 3 tomes, il y a 0 flashback pour nous éclairer sur le passé de Kei. Quel est son objectif ? (Au-delà de celui de réussir son examen de comptabilité). Qu’est-ce qui l’a fait basculer dans ce milieu ? Où se trouve sa famille ? Comment arrive-t-elle à ne pas perdre la tête avec un travail aussi dur ? Elle dit avoir de l’espoir mais de l’espoir pour quoi ? L’agence qui l’emploie n’embauche que des filles et jusqu’à présent, on ne sait toujours pas pourquoi. Qui est-ce qui la dirige ? Comment sont recrutées les filles ?

Voilà beaucoup de questions auxquelles nous n’avons pas encore de réponses. Cela offre de belles perspectives pour l’avenir et je me dis qu’à un moment, il y aura ce “waaaw” de compréhension que j’attends tellement. Par contre, si l’auteur veut se la jouer à la Assassination Classroom, on n’est pas près d’en voir le bout de sitôt.

Dernier point négatif : l’auteur n’a pas su jouer sur les rebondissements et les cliffhangers en fin de chaque tome. On veut certes connaître la suite car l’histoire est chouette à suivre et le background de Kei beaucoup trop intriguant mais il manque ce petit grain de sel qui fait qu’on attend impatiemment la prochaine sortie.

Note scénario : 4 / 6

Couverture Tome 3 Violence Action Renji Asai Shin Sawada Pika Edition Yakuza
La raison de vivre de Kei ? Réussir son examen de compta ! © Pika Edition – Shin Sawada – Renji Asai

Personnages : Kei, puis tous les autres

Le manga est très centré sur son personnage principal : Kei Kikune. La petite demoiselle aux cheveux roses est à l’opposé de ce qu’on imagine être une tueuse à gages. Elle est belle, sympathique, un peu tête en l’air, a le regard chaud et convivial, n’est pas dépourvue d’émotions et a une certaine empathie envers ses clients ou ses cibles. Pourtant, elle met toujours ses sentiments de côté pour mener à bien ses missions. Elle est d’une très grande agilité et tue assez facilement et froidement. Shin Sawada a su jouer sur ce décalage entre le physique de l’héroïne et ce qu’elle cache derrière. On ignore encore énormément de choses sur elle. Notamment son passé et la raison qui l’a fait entrer dans le milieu. A la lecture, on s’imagine un tas de scénarios. Cela rend l’attente des prochains tomes excitante

Une patronne qui fait du chantage affectif © Pika Edition - Shin Sawada - Renji Asai
Une patronne qui fait du chantage affectif © Pika Edition – Shin Sawada – Renji Asai

Personnages secondaires

Côté personnages secondaires, c’est plutôt maigre. Certains sont complètement banals lorsque d’autres sont intéressants voire intrigants. Dans le tome 1, on fait la connaissance de “la patronne” qui semble être la donneuse d’ordre de Kei. À un certain moment, elle lui fait du chantage affectif ce qui fera plier la jeune fille. Le mystère autour d’elle est entier. Elle ne semble pas bien méchante et j’ai hâte d’en savoir plus sur elle.

Dès le tome 2, c’est une certaine Daria qui entre en jeu. La jeune snipeuse a pour cible l’homme qui a tué ses parents et l’a élevée comme une chienne. Elle fera appel à notre héroïne pour l’épauler. Suivre son évolution, sa découverte et sa perception du monde est plutôt intéressant.

Un amour paternel bien particulier © Pika Edition – Shin Sawada – Renji Asai

Sinon, et comme dit plus haut, si vous cherchez le méchant de l’histoire et bien… il n’y en a pas. Il y aura quelques salauds ici et là au fil des histoires mais pas d’antagoniste principal. On peut s’imaginer que ce sera la personne ou l’organisation de laquelle Kei veut se venger mais ça ne reste qu’une hypothèse. 

Note personnages : 4 / 6

service de livraison express de jeunes filles de réconfort © Pika Edition - Shin Sawada - Renji Asai
C’est le service de livraison express de jeunes filles de réconfort qui l’envoie. Et ce n’est même pas une blague. © Pika Edition – Shin Sawada – Renji Asai

Dessin : Des planches 0 défaut

Le gros point positif de Violence Action, c’est certainement ses dessins. Renji Asai régale avec une patte maîtrisée et très épurée. Difficile de lui trouver un défaut, c’est un carton plein niveau graphisme. Chaque planche, même la plus banale, est magnifique. Les décors sont jolis. Les visages sont expressifs. Les yeux sont sublimes et magnifiquement mis en valeur. Les scènes de combats sont très dynamiques. Et malgré la noirceur du récit et du monde dans lequel il se déroule, le dessinateur a su apporter une touche de pureté et de légèreté. Tout comme le scénariste, il a su jouer sur deux registres diamétralement opposés. J’ai beaucoup aimé.

Note dessin : 6 / 6

Couverture Tome 3 Violence Action Renji Asai Shin Sawada Pika Edition Yakuza
Du sang et un regard perçant © Pika Edition – Shin Sawada – Renji Asai

Note globale : 15,5 / 20

Mon avis sur Violence Action, en résumé

Violence Action est un Seinen qui suit les aventures d’une jeune tueuse à gages, Kei Kikune. Au fil des pages, on suit l’héroïne dans un quotidien pas comme les autres entre missions, université et loisirs. Malgré son apparence nonchalante, la demoiselle est impitoyable et mène toujours à bien ses missions, qu’importe en quoi elles consistent. C’est la numéro 1 du milieu.

J’ai beaucoup aimé l’histoire qui éclaire un coin du monde de la pègre. Le scénariste passe sur des sujets très durs mais tout en gardant un peu de légèreté dans sa narration. Par contre, l’histoire n’a ni fil rouge ni antagoniste principal pour le moment. Les rebondissements et les cliffhangers manquent horriblement aussi.

Le manga est très centré sur son personnage principal avec quelques personnages secondaires intéressants. Pour ce qui est du dessin, c’est à mon sens un carton plein. J’ai apprécié chaque planche aussi banale soit-elle pour son graphisme soigné. Il y a des décors, des visages expressifs et des combats dynamiques. Que demander de plus ?

Même si l’histoire n’est pas d’une originalité transcendante, elle reste agréable à suivre. Les millions de questions que l’on se pose sur le background de Kei et les raisons qui l’ont poussé à exercer ce petit boulot donnent envie d’en connaître davantage.

Couverture Tome 3 Violence Action Renji Asai Shin Sawada Pika Edition Yakuza
Mépriser l’humain au point de le considérer comme « une chose » © Pika Edition – Shin Sawada – Renji Asai