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La Base – Histoire du manga: C’est quoi le premier manga ?

La Base – Histoire du manga: C’est quoi le premier manga ?

par Balin 3 mai 2022

Le manga est un media qui tend à s’imposer actuellement, mais quelles sont ses origines ? Quand sont-ils apparus pour la première fois ?

Avant le manga (de 700 à 1200 environ)

Les premiers « dessins » japonais, qui mélangeaient calligraphie et illustrations remontent au VIIIe siècle. À l’époque, on parlait d’emakimono (littéralement des « rouleaux peints »).

L’apparition de l’emaki découle des échanges avec la Chine Impériale, au VIe siècle, où l’on pratiquait le gakan. D’abord de simples copies des ouvrages chinois, les emaki devinrent  « japonais » lorsque l’aristocratie s’appropria la technique.

Par la suite, ce media sera progressivement élevé au rang d’art et atteindra son apogée autour du XIIIe siècle. On le retrouve notamment en tant que support d’enseignement des idées bouddhistes.

Un des plus célèbres exemple est le Chōjū-giga, que certains considèrent comme un pionnier de la narration séquentielle image par image. De son titre complet Chōjū-jinbutsu-giga, qu’on peut traduire par « Caricatures de personnages de la faune », cet emaki est daté du XIIe ou XIIIe siècle.

Pour ceux que cela intéresse, ces ouvrages sont exposés aux musées nationaux de Kyoto et Tokyo.

D’autres media similaires apparaîtront, comme le ukiyo-e (littéralement  « images du monde flottant ») qui sont des estampes sur bois très en vogue entre le XVII et le XIXe siècle. On peut notamment citer l’artiste Kuniyoshi Utagawa, dont les oeuvres rappellent les manga contemporains.

Hokusai et l’invention du « manga » (de 1800 à 1900)

Hokusai (1760-1849) est l’un des pseudonymes d’un des artistes japonais majeurs du XIXe siècle. Ses premiers travaux datent de ses 15 ans, et tout au long de sa vie (88 ans tout de même!) il s’est essayé à de nombreuses techniques: estampes, portraits, paysages. 

D’ailleurs, La Grande Vague de Kanagawa, que vous avez sûrement déjà vue, est une de ses oeuvres.

La Grande Vague de Kanagawa (1831) provenant du recueil Trente-Six vues du mont Fuji (1831-1833)

Entre 1814 et 1834, Hokusai a publié plusieurs recueils où figurent des recherches, des crayonnés et tout un tas de dessins inachevés. Pour décrire ses carnets, il employait le néologisme « manga » qu’on traduit par « images dérisoires ».

Cependant, l’origine du mot est à chercher en amont. Les cercles littéraires et artistiques japonais l’utilisaient plusieurs années auparavant par exemple. Mais il ne faut pas se contenter de remonter le temps… Il faut changer de pays ! Retour en Chine donc! D’après Isao Shimizu (chercheur japonais), le terme serait apparu en Chine avec le Mankaku zukō gunchō kakuei d’Hanabusa Itchō aux alentours de 1760. Ainsi c’est de là que viendrait le mot même de « manga ». Pour autant, il ne désignait alors pas des croquis humoristiques; cette association s’est faite avec les contributions japonais, plusieurs décennies après.

On peut donc considérer que Hokusai est un des pères du manga. Dans une certaine mesure évidemment puisqu’il n’y avait aucune histoire liant les dessins comme c’est le cas aujourd’hui.

L’essor du manga au début du 20e siècle (de 1900 à 1945)

Sous les influences anglaises et françaises (Japan Punch, Charles Wirgman ou Tōbaé, Georges Ferdinand Bigot) arrivées avec l’ouverture des frontières japonaises en 1854 , la bande-dessinée japonaise naît. Mais, comme une preuve de cette influence, elle ne se nomme alors pas manga mais punch ou ponchi-e.

Il faudra attendre l’arrivée de Rakuten Kitazawa (1876-1955; de son vrai nom Yasuji Kitazawa) pour voir le terme manga ressurgir. En 1902, l’auteur publie une bande-dessinée comique dans le supplément Jiji manga du journal Jijishinpō. Rakuten Kitazawa donne ainsi une nouvelle acception au terme « manga », et se définit lui-même comme mangaka.

Tagosaku to Mokubē no Tōkyō-Kenbutsu, le premier manga moderne qui reprend l’Arroseur arrosé, court-métrage des Frères Lumière.
Deux rustres lors d’une excursion dans Tokyo. Ignorant tout de la culture moderne, ils se comportent bêtement (par exemple, en mangeant séparément les morceaux de sucre destinés au café). Source

En parallèle, Ippei Okamoto (1886-1948) se désignait lui comme manga-journaliste. Illustrateur du quotidien Asahi Shimbun, il créera même un nouveau genre: le manga manbun. Il s’agit d’une suite d’images et de phrases qui transmettent une impression, une émotion, une réflexion.

Il est un des initiateurs de l’aspect « bande-dessinée »; des images qui se succèdent telles une pellicule de film (parfois littéralement dans ses eiga shosetsu, des nouvelles cinématographiques).

On lui doit également les manga shosetsu, une sorte de manga manbun version longue qui paraissaient par épisodes. C’était l’émergence du story manga et de la prépublication en feuilleton; le manga tel qu’on le connaît aujourd’hui, qui raconte une histoire.

Rakuten Kitazawa et Ippei Okamoto peuvent être considérés comme des fondateurs du manga moderne. À noter que tous deux font partie des dessinateurs préférés du jeune Osamu Tezuka à l’époque.
Évidemment, d’autres auteurs ont contribué à construire ce format. Katsuichi Kabashima (1888-1965) et Shosei Oda (1889-1967), papas de Sho-Chan, cousin nippon de notre Tintin.
Shigeo Miyao (1902-1982), élève d’Ippei Okamoto, l’a démocratisé auprès des enfants (Manga Taro, le premier manga régulier en six vignettes pour enfants).
Batten Nagasaki (1904-1981) qui présenta pour la première fois une héroïne dans Hitori no musume no Hineko-chan.
Suiho Tagawa (1899-1989) marqua son époque par son style, la richesse de son oeuvre, le nombre de personnages créés et surtout par son personnage Norakuro.

Au début du XXe siècle, c’est l’émergence des premiers magazines de publication. Au départ, on n’y trouvait que des articles illustrés et des yonkoma (BD en 4 cases). Petit à petit les magazines se sont développés. Ils se sont spécialisés, des catégories ont été définies. On peut noter la création de Shōnen Club en 1914, de Shōjo Club en 1923 et Yōnen Club en 1926. Leur contenu commence à évoluer aussi, il se démarque.

C’est à cette époque que sont fondées les maisons d’édition. 1909 pour Kōdansha, 1922 pour Shōgakukan, 1925 pour Shūeisha (qui est une branche de Shōgakukan ayant pris son indépendance). Malheureusement, la guerre passera par là…

L’après guerre, la naissance d’un nouveau manga ! (1945-1950)

Pendant la guerre, le manga se révélera être un medium de propagande (désinformation, partage d’idéologie…). S’en suivra une période de censure imposée par les Américains, pour occulter les conséquences des bombes atomiques.

Pour autant, les éditeurs reprendront leur business, et leurs magazines réapparaîtront. On peut d’ailleurs noter la création d’un manga « légendaire » : Sazae-san de Machiko Hasegawa (1920-1992), en 1946. Avec ce yonkoma, pour la première fois, une femme s’impose dans ce monde masculin.

C’est en 1947 que l’histoire du manga prendra un tournant décisif. À ce moment de l’Histoire, le manga se limitait surtout à Tokyo (cela demander des ressources et des compétences particulières).

Qui plus est, le papier était coûteux et soumis à des règles drastiques (influence du SCAP). Mais dans l’ombre, loin de la capitale, les éditeurs fleurissent. C’est le cas à Osaka, où un marché parallèle propose des productions à bas coûts: les akahon.

Ces ouvrages, caractérisés par leur couverture rouge et un papier recyclé rougeâtre; furent au départ décriés par la société. Un nouveau genre de manga fut d’ailleurs créé, le gakushu, plus éducatif, instructif… Mais c’est une autre histoire !

Revenons à nos akahon. D’abord vendus dans les rues et les petites boutiques, ils s’imposeront dans librairies grâce à un auteur en particulier… Osamu Tezuka !(1928-1989)
Alors étudiant en médecine, et après plusieurs essais de dessins de presse ; il publie son premier akahon : Shin TakarajimaLa Nouvelle Île au Trésor (1947) chez un éditeur d’Osaka.

Avec La Nouvelle Île au Trésor puis Astro le Petit Robot (1952) Osamu Tezuka dressera les fondements graphiques et narratifs de la BD japonaise actuelle en regroupant ses influences personnelles.

  • L’idée d’histoire à raconter, avec un personnage récurrent, c’est le story manga qu’il tient de Rakuten Kitazawa et Ippei Okamoto.
  • Les angles de vue cinématographiques et le dynamisme du découpage, inspiré de Sako Sishido (1888-1969), lui même reprenant les ressorts de la BD américaine en 1930)
  • L’utilisation de bulles pour les dialogues, avec des formes et des tailles différentes (les phylactères pour les spécialistes de la BD), démocratisé par Sho-Chan.
  • Mais aussi graphisme rond, personnages aux grands yeux expressifs repris des oeuvres de Walt Disney et d’autres.

Le manga moderne tenait là sa base, et celui que l’on surnommera plus tard Le Dieu du Manga débutait tout juste sa carrière.
Si cela vous intéresse, je pourrais consacrer une publication particulière à Osamu Tezuka, car il y a BEAUCOUP à dire sur ce grand homme!

Je tenais tout de même à mentionner Eiichi Fukui (1921-1954), le concurrent d’Osamu Tezuka à l’époque. S’inspirant, et inspirant aussi ce dernier; Eiichi Fukui n’a malheureusement pas connu de longue carrière. Et pour cause, il mourut brutalement en 1954, de surmenage… Et oui, déjà à l’époque.

Instaurer des règles du manga moderne (1950- 1970)

Depuis les années 50, un nouveau mode de production s’est installé: les manga paraissent désormais à un rythme hebdomadaire dans les magazines. (Il était mensuel jusqu’alors). On peut aussi noter l’apparition des premières collections avec les rééditions au format tankōbon (le format actuel des manga).

Une nouvelle génération d’auteurs fait ses armes. Le duo Fujiko Fujio lance le désormais légendaire Doraemon. Akatsuka Fujio (1935-2008) s’impose dans le domaine du manga comique avec Tensai Bakabon.

Les années 60 voient également fleurir les premières adaptations en dessin animé; grâce à Toei notamment. Ishinomori Shōtarō (1938-1998), le « roi du manga » voit une grande partie de ses oeuvres portées sur les écrans.

Encore une fois, on retient le nom d’Osamu Tezuka et de sa société de production Mushi Productions. Le dieu du manga adapte sur l’écrans ses plus grands succès. (Le roi Léo, ou encore Astro en 1963)

Mais c’est aussi à cette époque que le manga mûrit, il devient réellement singulier.

On peut citer Sanpei Shirato (1932-2021), qui (ré)insufflera une énergie révolutionnaire, anarchiste au manga mais aussi et surtout des combats ultra dynamiques et violents. Il est l’auteur de Kamui Den (1964) entre autres.

Mais aussi Asao Takamori (de son vrai nom Ikki Kajiwara; 1936-1987), scénariste d’Ashita no Joe (1968) qui donnera aux manga de sports et aux nekketsu leurs rivalités exacerbées et le dépassement de soi.

D’autres auteurs débutent leurs carrières, et l’avenir confirmera leur talent: Leiji Matsumoto qui s’illustrait alors dans le shōjo, Keiji Nakazawa (1939-2012), adulé pour Gen d’Hiroshima, Gō Nagai, auteur de Devilman, ou encore Moto Hagio une des plus grandes mangaka.

C’est au début des années 70 que paraît le premier numéro du Weekly Shōnen Jump de Shūeisha! En 1968 pour être précis.

Côté shōjo aussi c’est l’explosion avec La Rose de Versailles de Riyoko Ikeda (1972) qui se pose comme un des plus grands ambassadeur du shōjo. Puis Glass no Kamen de Suzue Miuchi (1976).

Et pour les adultes alors ?
Fin des années 60, un nouveau type de bande dessinée apparaît avec Tatsumi Yoshihiro: le gekiga. Si parfois il est considéré comme un genre de manga; il est au départ pensé comme une alternative au manga. Le gekiga aborde des sujets graves, qui relèvent des préoccupations et de la sensibilité des adultes. De fait, il s’adresse à un public adulte.

Le gekiga contribuera à l’émergence d’une nouvelle cible éditoriale de manga, le seinen. Entre 1960 et 1970, le Manga Action Weekly de l’éditeur Futubasha et le magazine COM de Mushi Productions ou encore le Big Comic de Shōgakukan rejoignent le marché.

Tout cela mène ainsi à la classification telle qu’on la connaît aujourd’hui. D’ailleurs, êtes vous au clair avec les termes shōnen, seinen, shōjo, josei etc…? Cliquez juste ici pour savoir comment s’y retrouver !

L’ouverture sur le monde (1980-1990)

Les années 80 sont évidemment celles de la diversification du manga pour jeune garçon: le shōnen ! Mais pas que…!

Au cours de ces années, le nombre de magazines augmente drastiquement et amène à l’hyper segmentation du marché, en fonction des tranches d’âge (shōnen, shōjo, seinen, josei etc)

Jusqu’alors, le manga ne passait pas les frontières du Japon. Mais avec l’arrivée du monstre Akira de Katsuhiro Otomo, ce sont les portes du monde qui s’offriront à la BD japonaise. En plus du manga, c’est également le film Akira (1988), réalisé par l’auteur, qui achèvera de convaincre le monde.

Bien évidemment, si il y a un autre auteur à citer, c’est Akira Toriyama. Le père de Dr.Slump et Dragon Ball peut se vanter d’avoir installé un nouveau modèle narratif dans l’esprit des lecteurs. Un garçon aux pouvoirs mystérieux, entouré d’une bonne bande de copains et d’ennemis, qui vit tout un tas d’aventures.

Pour nous en France, il peut aussi être considéré comme l’un de ceux ayant fait exploser la popularité manga par l’intermédiaire du club Dorothée. Il faudrait également attribuer ce mérite à Gō Nagai, Rumiko Takahashi, Leiji Matsumoto, Yumiko Igarashi, Tetsuo Hara, Tsukasa Hōjō ou encore Masami Kurumada. (J’en ai sûrement oublié).

Parmi ceux qui (re)donneront des lettres de noblesse au manga, notamment à l’internationale, je citerai Naoki Urasawa. Reconnu comme héritier d’Osamu Tezuka, ses oeuvres (Monster, Master Keaton) sont les meilleures ambassadrices de la culture manga.

Le manga n’aura jamais été aussi influent. Il se décline en séries et films d’animation, en OAV, en goodies en tout genre (figurines, posters etc…)

Malgré cela, la fin du 20e siècle et le début du 21e semble correspondre au déclin du manga en tant que format littéraire… La télé, les jeux-vidéos puis internet montrent le bout de leur nez et s’installent.

Le passage au 21e siècle et le déclin du manga

La fin des années 90, signe une passe à vide pour le manga. En période de crise économique, la branche de l’édition et du manga n’échappe pas aux baisses de chiffres d’affaire.

Certaines maison d’édition, comme la Shūeisha, parviennent à juguler le déclin, notamment grâce à la série d’un certain Eiichiro Oda. Mais le répit n’est que temporaire. C’est avec Masashi Kishimoto et Tite Kubo que les recettes seront de retour pour la Shūeisha et que l’éditeur sortira la tête de l’eau. Le Big Three sauvait les meubles !

Mais globalement, pour les autres éditeurs et leurs magazines, la situation reste compliquée. Beaucoup éditeurs mettront la clé sous la porte. Le médium du manga ne fait plus rêver à l’heure du numérique.

Le véritable salut pour ce qu’on appelle désormais la culture japonaise viendra de… L’animation!
Car oui, depuis les années 90, les ventes de magazines sont en chute libre et, malgré quelques soubresauts, ont bien du mal à trouver un équilibre. En revanche, l’animation ne cesse de progresser! Pour les magazines de prépublication au format papier, il semblerait donc que la fin soit proche. Et ce, malgré les chiffres qui augmentent à l’Oricon…! (Il faut bien réaliser qu’ils étaient d’un tout autre niveau AVANT les années 90).

On peut cependant noter les récentes initiatives que sont les plateformes de prépublication en ligne (Shonen Jump+ par exemple). C’est peut-être de ce côté que se trouve la solution?

Les plateformes de diffusion comme Manga Plus de la Shueisha auront également un rôle à jouer dans l’avenir du manga. Avec sa récente ouverture à l’internationale, on peut déjà entrevoir un nouveau mode de consommation.

Source: Emaki, Chojugiga, du9, L’histoire du manga moderne, Mangasia de Paul Gravett, Histoire du manga de Kary Poupée

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